Benjamin Griveaux, secrétaire d’état auprès du Premier Ministre et Porte Parole du gouvernement, s’est rendu à Toulouse le 15 février dernier dans le cadre des “Rencontres du Porte-Parole”.

Après Tour et Lyon, c’est au tour de l’Occitanie de recevoir un modèle du macronisme. Diplômé d’HEC et de SciencesPo Paris dans les années 2000, il effectue ses débuts politiques auprès de Dominique Strauss-Khann au Parti Socialiste. Salarié du privé entre 2014 et 2016, il devient proche d’Emmanuel Macron en 2015, participant aux réunions de la création du mouvement/parti de l’actuel Président de la République. S’en suit une victoire législative dans la cinquième circonscription de Paris, qu’il remportera au deuxième tour face à Seybah Dagoma, députée socialiste sortante. Le 24 novembre 2017, il quitte son poste de secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances pour devenir Porte-Parole du Gouvernement.

Benjamin Griveaux n’est pas seulement un homme politique ou un cadre supérieur : c’est aussi un écrivain. On lui doit ainsi Les élites aux éditions Dalloz-Sirey, ainsi que Salauds de pauvres!, sous-titré “Pour en finir avec le choix français de la pauvreté”. On peut lire en quatrième de couverture : “Non, les bénéficiaires de minima sociaux ne gagnent pas plus en restant chez eux qu’en allant travailler. Non, la France n’est pas, et de loin, le pays européen le plus généreux avec les personnes défavorisées. Non, les étrangers ne débarquent pas par milliers pour bénéficier de notre système d’aides sociales.”

Dans la salle du Seynechal, à deux pas du Capitole et des restos chics de Toulouse, Benjamin Griveaux est entré sous des applaudissements polis auquel il répond par un humour qui le suivra toute la soirée : “Merci beaucoup mais je n’ai encore rien dit !”. À l’aise avec un public qu’il ne connaît pas tout à fait, de retour dans une ville qui a vu se dérouler ses soirées étudiantes, le porte parole du gouvernement prévient : il n’est pas là pour convaincre, il est là pour expliquer.

Expliquer, il le fera pendant plus de deux heures. Debout, derrière une petite table ronde, les deux mains tenants le micro, il écoute une série de questions avant d’y répondre une par une. Son désir de complétude l’amènera parfois dans des raisonnements éloignés de la question de départ, mais souvent le lien est là.

Ce qui frappe, c’est d’abord la maîtrise du sujet, ou des sujets. La seule feuille posée devant lui est celle permettant de noter les prénoms des interrogateurs, ainsi que le thème de leur question. Ces derniers sont extrêmement variés : des questions militaires aux questions sociales, en passant par la santé, l’économie, l’agriculture, le monde associatif, les réfugiés de guerre et politiques, les migrants économiques, l’éducation, l’aéroport Toulouse-Blagnac, les centres commerciaux, l’euthanasie… À chaque fois, des réponses sont apportées.

Au final, il n’y pas vraiment eu de nouvelles annonces, ou de surprises particulières pour ceux qui suivent de près les actions du gouvernement. En réalité, ces rencontres ne sont pas celles d’un secrétaire d’état avec le peuple, c’est celles d’un porte-parole qui écoute ce que les acteurs associatifs, politiques, industriels du terrain ont à dire et répondre aux questions qu’ils se posent, qui les inquiètent. Ces rencontres, c’est écouter Mr Delcourt travaillant dans les protections NPC poser une question sur la production de matériel militaire. C’est écouter Mr Vandecaveye, président d’une association aidant les jeunes en décrochage scolaire à réintégrer une filière d’apprentissage, se demander pourquoi le Ministère du Travail ne souhaite pas davantage travailler avec lui. C’est écouter tous ceux qui veulent parler.

Quelques formules seront restées, comme “Mr Ruffin ne manque pas de talent, mais j’aurais préféré qu’il les exerce dans son métier de réalisateur plutôt que de faire son cinéma à l’Assemblée Nationale”. Critiquer un député de la nation parce qu’il a souhaité mettre sur le devant de la scène un petit club de football, c’était la seule minute où Benjamin Griveaux a perdu son élégance. Élégance qu’il retrouvera vite face à un journaliste de la BBC, auquel il répondra dans un anglais parfait, salvateur et bien plaisant.

Par Alaedine Benani

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