Bully me.

C’est dans la perdition que l’homme voit sa fierté et son assurance disparaître.

En cette matinée chaude mais à la fois humide, je m’asseyais sur le tronc d’un arbre ayant récemment connu sa chute. J’entendais les cigales chanter, le vent traversant et faisant respirer cette forêt, et mon cœur, sous la pression, s’affoler percutant inlassablement ma poitrine comme un prisonnier voulant s’échapper de sa prison de chaire. Le soleil s’était levé depuis déjà quelques heures, tout comme mon inquiétude, marquant le début d’une journée maussade à son habitude.

Hier, je m’étais assis le premier, dans ce véhicule qui menait au bagne, et déjà on commençait, doucement mais sûrement, à introduire la souffrance et la décadence dans mon esprit. Les cris des autres pénitenciers semblaient s’adresser à moi. Haineux et à la fois pitoyables, ils cherchaient à me prévenir de l’enfer que j’allais subir, de la peine qui m’attendait. Je n’étais pas comme eux, ma mise à mort était due à une erreur, certaines fois la bonne volonté ressemble à de la triste culpabilité. Sur le siège bleu sur lequel je tentais de rester calme, étaient déjà gravées les prémices de ma future condamnation, un homme d’apparence innocente y était représenté tuant un jeune adolescent avec une dague dans la cellule où ils séjournaient. Le Dreyfus contemporain comme je m’appelais lugubrement, je me dirigeai vers un monde où le plus fort monopolise l’attention tout en écrasant cruellement ceux qui voulaient sortir du tourment que leur infligeait déjà leur existence.

Après vingts minutes de calvaire, j’arrivais enfin au lieu de ma future détention. Les bâtiments étaient gris, morbides, et séparés en plusieurs cellules de taille et d’apparence similaires. Je devais donc rejoindre devant ma cellule communautaire le groupe de bagnards auxquels j’appartenais. Encore une fois je jouais le prestigieux rôle de souffre douleur, celui sur qui le destin s’était acharné, celui qui n’avait que pour seul défaut son innocence, celui qui était manifestement le plus faible. Ces réunions de détenus étaient mises en place pour ordonner nos travaux d’intérêt général, qui duraient généralement toute une journée en variant les activités toutes les heures.

Les brumes de l’enfer prenaient le dessus sur l’espoir, chaque heures étaient de plus en plus difficiles à supporter, l’odeur nauséabonde de mes plaies ouvertes et infectées s’ajoutait à la douleur physique et morale qui me faisaient crouler sous le poids du jugement humain. La véritable sentence de cette journée n’était pas le travail, mais vraisemblablement les assauts que lançaient les autres à mon égards, j’étais sur le point de perdre une partie de moi car…

 

DIJOUX Gabriel

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