Le mardi 30 Janvier dernier, à 18h, Bernard Cazeneuve intervenait à Sciences Po Toulouse avec une conférence intitulée « l’exercice de l’État ». Ce fut l’occasion pour lui de revenir sur son action et son expérience en tant que ministre de l’intérieur, tout en laissant un temps important aux questions afin de permettre aux étudiants de s’exprimer et de débattre avec lui.

Une conférence qui s’est déroulée dans le calme

En dépit de quelques contestations étudiantes (voir encadré ci-dessous) au cours des jours précédant sa venue, la conférence a débuté à 18h dans l’amphithéâtre Boyer, dans les bâtiments de l’ancienne faculté de droit. La conférence de l’ex-premier ministre s’inscrit dans le cadre des Grandes Conférences de Sciences Po Toulouse, en partenariat avec le groupe La Dépêche. Elle était par ailleurs filmée et retransmise en direct sur internet. En guise d’introduction, le directeur de l’IEP s’est adressé  aux étudiants et aux quelques invités présents. Parmi eux siégeaient Pierre Esplugas, adjoint à la mairie de Toulouse, Marie France Marchand-Baylet présidente du Groupe La Dépêche, ou encore  Marc Alarçon, contrôleur financier. Olivier Brossard a souhaité insister sur sa fierté d’avoir vu aboutir une telle conférence. Celle-ci est pour lui « l’occasion  d’animer la vie et les débats de l’Institut ».

Cazeneuve: de militant à ministre de l’intérieur

Ce fut aussi l’occasion de rappeler le parcours de Bernard Cazeneuve. D’abord militant,  responsable de la fédération du mouvement des jeunes radicaux de gauche de Gironde, avant d’adhérer au Parti socialiste et de prendre ses responsabilités en tant qu’élu, Bernard Cazeneuve a déjà connu de nombreuses situations. Juriste de formation et avocat,  Bernard Cazeneuve a été en charge de la mission d’information parlementaire sur le génocide des Tutsi avant de devenir ministre sous François Hollande. « L’exercice de l’État » est venu ouvrir une porte sur les souvenirs laissés à l’Intérieur, puis à Matignon, dans le contexte particulier des attentats. La réception de cet homme était d’autant plus particulière que Bernard Maris, ancien étudiant et économiste à l’IEP a trouvé la mort lors de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo.

Un mandat exercé dans des circonstances particulières

Dans son allocution d’une demie-heure, et au moyen de l’anaphore « liberté », M. Cazeneuve a d’abord mis l’accent sur les principes républicains et les droits de l’homme touchés par les attentats. Par exemple en Janvier 2015, l’attentat contre Charlie Hebdo vise la liberté d’expression, le droit pour lui « d’exercer l’impertinence par la caricature ». De même le meurtre d’une policière municipale en exercice et en uniforme est interprété par l’ex-ministre comme une atteinte à l’État de droit. En rappelant l’ensemble des attentats au cours de son mandat, avec sérieux et gravité il a pu ainsi rappeler que l’exercice de l’État était une expérience intense à laquelle il était nécessaire de s’adapter. M. Cazeneuve a par la suite évoqué les spécificités de son mandat ministériel. Il a légitimé son action et les mesures spéciales prises durant cinq ans non seulement par les menaces qui ont pesé et pèsent encore sur la sécurité des Français mais aussi par la responsabilité régalienne qui lui incombait.

Retour sur le déchirement du PS

Enfin il a terminé en mentionnant quelques faits relatifs au Parti Socialiste et à la loyauté gouvernementale. Le fait que beaucoup de socialistes, après la candidature de Emmanuel Macron se soient précipités dans son sillage, ou que d’autres préparent déjà la future élection a semblé être déploré par l’ex-ministre.  Dans le contexte actuel l’objectif doit être de rechercher ce qui est bon pour le pays et surtout de le dire avec force et conviction pour emporter l’adhésion de ceux à qui on s’adresse.

Explications sous la forme de justification

L’ancien ministre s’est ensuite attelé au difficile exercice des questions-réponses. L’entretien s’est longuement étendu sur « la force de l’événement » et la nécessité d’adapter sa politique aux nécessités du temps présent. C’est ainsi que Bernard Cazeneuve a expliqué le virage qu’a pris son mandat après les attentats du 13 novembre. « L’exercice de l’État ne peut pas avoir les mêmes dimensions sous la menace terroriste qu’en tant de paix absolue ». Dans des situations comme celles qu’a vécues la France du quinquennat Hollande, « le devoir n’est pas de se mettre en avant » mais de faire en sorte de s’effacer pour les affronter au mieux. Le climat de pressions influence nécessairement les capacités d’actions d’un homme d’État. Il est parfois difficile de devoir répondre d’accusations « post-factuelles » erronées voire inventées alors que les circonstances nous poussent à essayer, dans la plus grande rigueur intellectuelle, à mener à bien ce pourquoi on a été nommé.

Les “questions qui fâchent”

Lorsque des étudiants lui posent les « questions qui fâchent », Bernard Cazeneuve répond avec beaucoup de calme qu’il souhaitait évoquer ces thématiques. Sur l’état d’urgence, il précise que le dispositif était parfaitement encadré par la loi et l’État de droit. Sur les assignations à résidence, il rappelle qu’elles ont été proposées alors que la COP 21 approchait et que personne n’était en mesure de connaître la taille des réseaux malveillants. L’homme insiste également sur les circulaires de rappel à l’ordre qu’il a rédigées lorsque ses forces s’éloignaient de l’objectif qu’il leur avait assigné. Sur la mort de Rémi Fraisse, qui a fait grand débat dans nos murs, l’ex-ministre se souvient que les tension à Sivens résultaient des agissements de « groupes extrémistes cagoulés » se réclamant de l’écologie et qu’il était nécessaire d’essayer de les empêcher de nuire. Il terminera sur ces mots : « il n’y a pas une justice qui va dans notre sens et qui est droite et une justice corrompue lorsqu’elle ne nous plaît guère ». Il est nécessaire de veiller à la stricte séparation des pouvoirs, à respecter la parole d’autrui tout en regardant les choses sans fard, telles qu’elles sont et non pas comme on voudrait qu’elles aient été.

par Simon Zenou et G.P.


Syndicats et étudiants qui s’érigent contre la venue de l’ancien ministre.

Plusieurs voies étudiantes se sont fait entendre, pour critiquer la venue de B. Cazeneuve. Ainsi dans une vidéo diffusée en amphithéâtre de plusieurs promotions de l’I.E.P. le syndicat Alternative Etudiante estime que « ce n’est pas un écrivain qui vient faire une conférence, ni un ancien premier ministre. C’est surtout un ex-ministre de l’Intérieur qui a participé à la répression inédite de nos libertés les plus fondamentales ». De même une lettre diffusée sur Facebook sur les murs des différentes promos par un étudiant de 4ème année déclare que B. Cazeneuve a fait de la justice « une simple chambre d’enregistrement des exactions commises en uniforme, le spectacle fantoche d’une impunité obscène ». Face à ces critiques le C.I.D., groupe de réflexion politique d’étudiants a répondu par un communiqué sur le réseau social Facebook, en pointant le fait que « ces actions de bashing entretiennent la dégradation de l’image de notre école ». Enfin le directeur de l’I.E.P., M.Brossard ayant eu vent de ces critiques a envoyé un mail à l’ensemble des étudiants pour souligner l’intérêt de telles conférences pour les étudiants et le rayonnement de l’école.

par Simon Zenou

 

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