La chasse, une activité naturelle des plus anciennes

La chasse. Depuis les premières formes de prédations aquatiques au Précambrien (il y a plus de 600 Millions d’années), elle fait partie de la nature. C’est même une pièce maîtresse dans le cycle de la vie. Depuis toujours, les prédateurs chassent les proies pour se nourrir et ainsi survivre. Les animaux chasseurs contribuent alors à construire ce fragile équilibre naturel : ils empêchent la pullulation d’une faune végétarienne qui annihilerait le monde végétal, provoquant une crise évolutive importante où seules les espèces les plus adaptées pourraient survivre, redéfinissant par ce fait un cycle évolutif qui renouvellerait le paysage du vivant sur Terre.

An All-New Season of Animals Gone Wild Returns Tonight ...
  Lion chassant le buffle

Les premières traces de l’agriculture et l’émergence d’un nouveau système de nourriture chez l’Homme

Or, il y a environ 11 000 ans, avec les premières traces historiques d’élevage (en Mésopotamie), une jeune espèce animale a trouvé une nouvelle manière de se nourrir de viande, de poisson, et plus généralement d’utiliser toute matière première d’origine animale à des fins de survie ou même de confort. Dès lors, s’est développé la technique de l’élevage, la chasse devenant ainsi accessoire pour cette nouvelle espèce nommée humain. Pourtant, au fur et à mesure du développement des méthodes et des moyens consacrés à l’agriculture, l’Homme n’a pas cessé de chasser. Même dans les pays les plus développés, la chasse a continué d’exister, prenant au fur et à mesure des âges des formes plus variées, des formes différentes.

Aujourd’hui encore, elle existe toujours et est restée implantée dans les mœures humains. Mais il faut ici distinguer la chasse vitale de la chasse secondaire.

La chasse vitale comme moyen de survie

La chasse vitale est nécessaire et n’est employée que chez les prédateurs qui ont besoin de se nourrir, chez qui la proie est essentielle à sa survie. On la retrouve chez la grande majorité des prédateurs, et chez les humains, c’est généralement chez les peuples ou les individus pauvres, primitifs, isolés, ou encore démunis. Elle s’est développée historiquement dans les milieux ruraux, à travers, à titre d’exemple, la chasse au collet, à l’arc, à la lance, au piège…. mais se retrouve parfois aussi dans les villes en temps de famine, où l’on peut chasser oiseaux, rongeurs, chiens,… Ce type de chasse paraît ainsi légitime puisqu’il s’agit ici de tuer ou d’être tué. Nul ne pourrait alors blâmer l’humain de privilégier sa propre vie plutôt que celle de l’autre espèce.

 

Le peuple hadza est l’un des derniers peuples africains à vivre encore de la chasse et de la cueillette. Un mode de vie qui change leur flore intestinale et qui nous poussent à revoir quelles sont les bonnes et les mauvaises bactéries commensales. © Woodlouse, Flickr, cc by sa 2.0
Membres du peuple hadza, l’un des derniers peuples chasseurs-cueilleurs (Tanzanie)

Une chasse vitale qui se transforme progressivement chez les humains

Mais l’Homme, contrairement aux autres animaux, a développé une chasse vitale différente de celle à but nutritif. Sauf cas exceptionnels, l’Homme dans la nature est le seul prédateur qui chasse ses propres prédateurs. Cela fait alors de lui non plus un super- mais le seul hyper-prédateur que la Terre n’ai connu. Le fait qu’il ai su se débarrasser du danger que représentait certaines espèces en se servant d’outil fait de lui un être exceptionnel. L’Homme chasse aujourd’hui loups, lynx, ours, tigres, lions….. Et la peur ancestrale qu’il a de ces créatures l’a poussé à les traquer un maximum pour les pousser hors de son territoire, pour se rassurer, excepté peut-être dans les régions du monde où ces mêmes êtres étaient vénérés.

Une chasse de ses prédateurs pour la survie qui se transforme en traque pour la gloire

Cette focalisation sur ces animaux et le degré de frayeur que ceux-ci leur a inspiré, relayé dans les histoires que l’on raconte dès le plus jeune âge, a fait progressivement basculer cette chasse étant essentiellement vitale à une chasse d’acharnement, une chasse à valeur glorifiante. Les Hommes ont petit à petit commencé à chasser ces prédateurs non plus pour se protéger mais par souci d’ego, ou par souci de protéger son bétail.

Représentation
Chasse de la légendaire bête du Gévaudan, qui aurait tué environ une centaine de personnes en Lozère (48) de 1764 à 1767.

Or, dans cette situation, l’Homme adopte une chasse qui se rapproche plus du travail et du plaisir, qu’une chasse de survie. Progressivement va ainsi se développer un sentiment de supériorité de l’humanité sur les autres êtres, accompagné d’un mépris de plus en plus important de la vie animale. D’ailleurs aujourd’hui, beaucoup ont oublié qu’ils sont des animaux au même titre qu’un tigre, une limace, une carpe ou une anémone de mer. Seulement, ce sentiment de supériorité est si fort que l’humain se définit lui-même comme au-dessus des lois mêmes de la nature.

Une humanité faisant preuve d’un dédain toujours plus fort sur les autres espèces.

La chasse à courre, le sport du roi

Ce mépris des autres va se traduire par le développement de la chasse cruelle, inutile. Cela devient même un sport, dans beaucoup de pays. Dès le Moyen-Age, dans les sociétés occidentales, le roi et la noblesse se divertissent en pratiquant de grandes chasses, de la chasse à courre avec dressage de chiens qui traquent la proie, à la pose de pièges blessants, à mort la bête dans une souffrance épouvantable, en passant par le dressage de rapaces de chasses. Ces grandes traques sont déjà très organisées, avec des terrains définis, comme un grand jeu où l’Homme laisse libre cour à sa cruauté.

 

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Chasse à cour de Louis XV enfant, Tableau de Pierre Denis Martin, au XVIIIe siècle

Les commerces de trophées animaux : des génocides au nom de l’argent

Une tuerie afin de satisfaire le goût du luxe humain

En plus de la pratiquer telle un jeu, la chasse devient ensuite un travail à part entière au service de produits de luxe mettant la survie même d’espèces en danger : par exemple, les commerces de fourrures, toujours d’actualité, non nécessaires puisque les créatures d’élevages donnent déjà du cuir, ont mené à la limite de l’extinction des espèces d’une beauté sans nom comme la majorité des félins (Léopards, ocelots, tigres, panthères, lions….), ou encore des petites créatures terrestres tuées par milliers (visons, belettes, fouines, hermines….), pour finalement mener certaines merveilles de la nature à l’extinction (mammouths, tigres de Tasmanie, castor géant d’Amérique, tigre de java,….).

Un commerce d’ivoire qui menace tous les pachydermes

Toujours dans ce goût du luxe, la chasse peut aussi avoir pour mobile les commerces de matières rares, notamment l’ivoire (éléphants, rhinocéros) et tout ce qui est cornes en général (antilopes, bovidés,…) qui font aujourd’hui partie d’un vaste commerce illégal rapportant beaucoup d’argent aux braconniers. Dans ce commerce, les rhinocéros ont subit des pertes particulièrement grave au cours de l’histoire (30 000 en 2015), et une espèce de rhinocéros noir s’est encore éteinte en 2011.

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   Walter Palmer (à gauche), meurtrier tout content d’avoir tué le célèbre lion “Cecil”, et chasseur de nombreuses autres merveilles de la nature

La fierté des assassins de montrer leurs trophées

Les trophées sont en effet un rouage essentiel du commerce mondial et font l’objet de trafics lucratifs depuis toujours. Or ces trafics généralement aujourd’hui illégaux ont mené à l’extinction nombre d’espèces et poussent à présent à la limite de la disparition nombre d’animaux essentiels à leur milieu naturel. C’est ainsi que des animaux emblématiques comme les gorilles des montagnes, certaines espèces de la famille des crocodiles, des baleines, des félins,…… sont aujourd’hui sur la sellette. Toujours en quête de gloire, et d’animaux plus imposants, les chasseurs et les braconniers, la nuance étant très faible, traquent les grands animaux dont ils sont fiers de nous revendiquer et de clamer haut et fort leur massacre, revendant les trophées dans le monde entier à des prix exorbitants.

Image associée
   Des têtes de gorilles alignées, entourées de peaux de félins et de peaux de serpents. en RDC

Le joyeux massacre des inoffensifs

Mais L’Homme n’attaque pas seulement les animaux les plus dangereux, ils prennent un malin plaisir à détruire toute faune sans défense. C’est ainsi que les Dodos, ou encore les Grands pingouins, ont été assassinés par les colons venus s’installer sur leur Terre, fiers de trouver là un gibier goûtu et n’ayant absolument aucun moyen de défense. Lentement, on a vu ces animaux se faire massacrer au bâton, dans de joyeux spectacles sanglants, où l’Homme a laissé éclater toute sa morbide cruauté. Ces chasses pour se nourrir du goût particulier des animaux inoffensifs s’est développée sur le terrain maritime au fil des siècles : chasse à la baleine, aux requins, aux thons rouges, aux tortues,…. Si bien qu’aujourd’hui encore ces espèces ne doivent leur survie qu’a de fragiles réglementations et à un travail acharné de certaines organisations de protection des animaux.

Le massacre des dauphins aux îles Féroé (dépendance du Danemark)
                                               Un massacre de dauphins aux îles Féroé

Les tueries politiques

Les humains ont poussé tellement loin leur vice qu’ils n’hésitent pas si l’occasion se présente à massacrer des grands troupeaux d’animaux non pas pour se nourrir ni par goût du luxe, mais dans le seul but d’affaiblir des populations dont ces bêtes sont les principales sources de nourriture, c’est ce qui s’est passé avec les bisons d’Amérique. Ces chasses politiques sont le fruit d’une volonté de domination de l’Homme sur les peuples étrangers, qui ne se soucient absolument pas du droit de vivre des animaux sujets de ces tueries. On a ainsi vu des montagnes de cadavres de bisons pourrir au grand soleil des steppes nord-américaines, dans l’insouciance la plus totale des colons et au grand malheur des populations autochtones.

 

Une montagne de crânes de bisons américains, fièrement dressée par des colons dans  les années 1800

Aujourd’hui, une chasse qui reste très présente, devenue un loisir caché derrière de faux prétextes.

Enfin, le summum de ce non-respect de la vie d’autrui se retrouve aujourd’hui dans nos sociétés. C’est la chasse « du dimanche », la chasse pour le plaisir. Celle-ci s’est beaucoup développée partout dans le monde : on tue pour le plaisir, parce que cela provoque des sensations et que l’on est fier d’abattre des créatures. Comment alors peut-on prendre plaisir au meurtre, à l’assassinat de créatures fières et inoffensives, qui, comme vous, ne demandent qu’à vivre ?

Pourra-t-on un jour nous expliquer pourquoi tuer un lapin n’a aucune importance, sous le prétexte qu’ils sont trop nombreux, quand nous même sommes plus de 7,5 milliards sur terre, et que la construction de nos villes a des conséquences bien plus dramatiques sur la planète que celle de petits terriers creusés dans la terre ? Pourquoi tuer des sangliers, quand ils « viennent se nourrir de nos cultures » ,quand nous même exploitons à tout va les ressources naturelles sur lesquelles nous n’avons aucune appartenance légitime ?

Pourra-t-on nous expliquer pourquoi tuer les loups, qui viennent manger nos moutons, quand eux même ne sont qu’environ 300 en France et que nous sommes déjà 67 millions en France ? Pourra-t-on enfin nous expliquer où est le plaisir à tuer des êtres si majestueux, si inoffensifs, si gracieux que ceux que nous côtoyons et que nous forçons déjà à vivre dans des territoires de plus en plus réduits, polluant leurs habitats, leurs eaux, modifiant leurs climats, leur rendant une vie de plus en plus difficile ?

Chasseur arborant fièrement le cadavre d’un être majestueux qu’il vient de tuer.

Quel avenir si cette inconscience continue ?

Quand l’humanité se retrouvera seule sur Terre avec uniquement les insectes, les rats, et les vers à côtoyer, peut-être se rendra-t-elle compte de l’Horreur qu’elle a imposé à la nature et dans laquelle elle a choisi de vivre, peut-être se rendra-t-elle compte qu’après avoir tué ses cousins, ses voisins, ces beautés qui jamais n’ont cherché à nous nuire, (et quand bien même, si elles l’avaient cherché, aurait-elles mérités l’extermination ? ), qu’elle a réalisé le plus grand crime jamais commis, passant par un abaissement de la valeur des êtres.

On imagine parfois les autres animaux comme privés de conscience, or les études biologiques ont prouvé maintes fois la stupidité de cette théorie. Cependant, la cruauté et l’égoïsme humain semble ne jamais devoir s’arrêter. Cette espèce a choisi de croire que la Terre lui appartenait, aussi bien la terre, l’eau que l’air, et s’enfonce donc dans une urbanisation et une extermination animale qui ne semblent avoir pour horizon qu’un monde gris, pollué, privé des beautés des créations de la nature.

 

T.F.

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