L’arrière pays florentin, des champs à perte de vue, une verdure côtoyant la couleur jaunâtre des cultures arables. La brise d’air frais en ce matin de juillet faisait mouvoir les champs, donnant vie à un paysage digne d’une ancienne peinture. Dans le vent sifflaient les paroles d’un accent italien chantant la douce mélodie de nos journées d’été au climat méditerranéen. Sur sa monture arrivait un gentil homme au visage à peine visible tant l’ombre de son imposant couvre chef cachait ses traits. Sur son dos était accrochée une guitare de manufacture douteuse, elle avait un manche plus long que la normale, d’une couleur sang, on pourrait croire qu’elle ait été fabriquée à partir des souches de sa souffrance. Sur l’instrument se reflétaient des rayons d’une conscience se retrouvant perpétuellement à travers la musique et la sonorité de ses émotions.

Tandis qu’il descendait de son pur sang arabe noir, les cloches de la triste chapelle sonnèrent. À l’intérieur de celle ci nous pouvions retrouver les photos des enfants partis trop tôt lors d’une épidémie infantile survenue il y a déjà une décennie. L’homme au chapeau s’approchait et plus ce dernier évoluait vers les bougies allumées, plus leur lumière touchaient son âme provoquant chez lui fébrilité et tremblements. Ses pas devenaient hésitants, il s’écroula et se retrouva à genoux les yeux humides et les mains cachant son visage.

Il relevait la tête, prit un des cadres posés sur la petite table de nuit installée par un vieux paysan après l’épidémie. Il caressa la photo de son fils et laissa tomber ses larmes sur le visage de ce dernier, puis releva la tête. Après l’avoir reposé dans la chapelle, il prit une chaise et commençait un air de musique. Il s’agissait d’une berceuse andalouse traditionnelle qu’il chantait habituellement le soir aux enfants du quartier et qu’il chanta lors de la dernière nuit de son fils unique pour l’accompagner vers un monde inconnu de tous. Il avait quitté les terres espagnoles dans le but de donner une meilleure vie à sa famille, mais a fini par y mettre fin. À son immense tristesse s’ajoutait ce sentiment de culpabilité, son cœur battait de plus en plus vite, ce fut la première fois qu’il osait se recueillir devant le visage de son enfant n’ayant pas eu la chance de connaître un enterrement digne de l’amour qu’il lui portait. Son fils fut abandonné dans une fosse publique accompagné de milliers d’autres corps décimés par la maladie, son dernier souvenir était de l’avoir serré avant de le laisser dans les méandres d’une vie trop brusquement terminée. Et sur un dernier air de musique, le mystérieux homme au chapeau laissa tomber sa guitare et une dernière larme puis chuta, laissant son corps gisant au sol et dévoilant enfin un visage meurtri par l’absurdité d’un tragique destin.

DIJOUX Gabriel

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