Le Château de Verre – réalisé par Destin Daniel Cretton ; avec Brie Larson et Woody Harrelson

Adapté du livre éponyme, ce road-movie retrace l’enfance mouvementée de Jeannette Walls, jeune tête rousse américaine ballotée de maisons poussiéreuses en masures avec sa mère, son frère et ses sœurs au gré des licenciements de son père à travers les Etats-Unis. Élevée à « l’école de la vie », la fratrie flanquée de parents épris de liberté compile moments de bonheur intenses et déboires matériels à répétition, conduisant plus tard Jeannette à embrasser un modèle de vie radicalement opposé à celui qu’elle a connu enfant, et à mentir en permanence sur ses parents devenus squatteurs dans l’Est new-yorkais.

Si la bande-annonce, quoi qu’intrigante, peut laisser présager un énième film au goût très américain truffé de phrases sentencieuses et de plans lisses, la séance est loin de décevoir. La réalisation est simple et efficace, les couleurs rafraichissantes, et le récit mené avec brio nous donne envie de pleurer plus d’une fois, d’autant que la famille qui nous est présentée a vraiment existé dans les années 1960-1970. Toute la tribu sonne juste et Woody Harrelson enchante les scènes de sa présence par une performance très émouvante. Ces personnages pleins de relief se prennent à merveille dans les filets du paradoxe qu’est la famille : celle qui peut nous abîmer, parfois beaucoup, mais vers laquelle on revient toujours ; celle qu’on n’aurait pas forcément choisie mais dont on a éternellement besoin, symbolisée par un château de verre, emblème d’une famille comblée mais jamais construit qu’en rêve. Malgré un dénouement qui peine à échapper au cliché, ce film est une dose de beauté dans un week-end pluvieux, un cocktail de personnages attachants dont la figure paternelle, Rex, est le sommet flamboyant, un clin d’œil à nos familles imparfaites mais à nos côtés pour toujours.

Lucille Aubert

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