Après un démarrage sur les chapeaux de roues pour la formation lookée (selon ses dires) comme un gang nocturne pas rassurant, l’heure est à l’éclectisme musical et aux compositions novatrices… ou pas vraiment.

 

En écoutant Leave It In My Dreams, premier extrait du nouvel album de The Voidz, je me suis presque demandée si je n’étais pas plutôt tombée sur une énième face B des jeunes Strokes de 2003 dont Julian Casablancas, nonchalant chanteur, écrivait les harmonies somptueuses. Et pourtant, ce morceau éclatant d’un spleen floral comme seul l’icônique New-Yorkais peut en créer est bien l’œuvre de son nouveau groupe, celui avec qui il osa en 2014 publier Tyranny, album ultra-violent, condensé de désillusions grunge. Quelle idée de sortir, comme avant-goût du deuxième album, une chanson n’ayant rien à voir avec le style du premier mais ressemblant en tout point à ce que Julian composait pour Room On Fire ? Cette décision est à l’image de la carrière de celui-ci : avec les Strokes, en solo, puis avec les Voidz, les textures changent, mais les trames mélodiques d’écorché vif apportent toujours autant de profondeur à ses productions.

Ce retour aux sources n’est donc pas en soi une surprise des plus totales. Néanmoins, Virtue a ceci de particulier qu’il est beaucoup moins véhément que son prédecesseur : les albums sombres, introspectifs, ne sont-ils pas censés venir des artistes après un cheminement artistique plus ou moins long sur un axe de création ? Si Tyranny, hurlement meurtri à l’adresse d’un monde soumis aux lois du marché, a eu le bénéfice de choquer les fans en posant pour la première fois la voix de Julian sur des sonorités punk/hardcore, on assiste désormais à un adoucissement chronique de la tracklist. En lieu et place de morceaux généralement relatifs à la tristesse ou la colère, et en dehors des quelques chansons agressives réglementaires (We’re Where We Were), Virtue est agrémenté de moments ludiques comme Wink et sa guitare vaporeuse ou encore le très (très très) strokesque Lazy Boy.

L’adoucissement de la musique trouve un écho dans les thèmes abordés par l’écriture : les apostrophes acerbes et récurrentes de 2014 contre les temps modernes sont en partie remplacées par des textes évoquant une douleur psychologique et personnelle à la Ask Me Anything, ou encore le passé douloureux et/ou alcoolique de Julian (rayez la mention inutile). L’influence flagrante de celui-ci sur la composition, conjointement à un retour à des sources d’inspiration lyricales plus traditionnelles questionne sur le fonctionnement de ce jeune groupe. Le leadership trop étendu de Julian sur le processus créatif des Strokes avait en partie conduit le groupe à éclater : on peut donc naturellement se demander comment va évoluer l’après-Virtue, mais surtout comment s’est déroulé le processus créatif de cet album éminemment marqué par la vision de son chanteur.

La rupture d’avec Tyranny est généralement palpable dans une production beaucoup propre (même si le chant ne baisse pas en saturation). Elle l’est aussi à l’écoute des quelques innovations glissées çà et là dans le choix des textures sonores : le chant se pare de vocoder ou d’autotune, pour des refrains pittoresques ; l. Le groupe s’essaye à des arrangements plus légers que les symphonies stridentes du premier album (Wink) et fait aussi naître des hybrides amusants comme QYURRYUS. Un morceau acoustique, Think Before You Drink, s’insère sans grande logique à l’ensemble. Dans son élan d’attendrissement sonore, le sextet part aussi à la dérive sur des sonorités résolument plus mainstream (et ce n’est pas toujours une bonne chose) : Permanent High School commence comme un morceau d’Electric Guest, Lazy Boy traîne aux premières écoutes une désagréable impression de déjà-entendu.

 

Qu’on adopte une vue d’ensemble sur le parcours du groupe ou sur le nouvel album, on observe une composition hétérogène, qui produit en conséquence un avis constrasté sur Virtue. Quel bonheur de retrouver la patte Casablancas, mais n’est-elle pas poussée ici dans les limites de son génie ? Ceux qui me connaissent bien m’entendent souvent parler de l’alchimie que je sens unir la sensibilité de Julian et la mienne. Malgré quelques mélodies pas toujours judicieuses et une production moins spectaculaire que Tyranny, la magie a opéré une fois encore. Cet album est plein de couleurs et de matières à explorer ; il provoque un foisonnement d’émotions et il ne manque pas d’audace. Après quelques écoutes attentives, les morceaux prennent de l’épaisseur et révèlent l’intelligence de leur construction. AlieNNAtion, Leave It In My Dreams ou encore Pointlessness sont de véritables réussites, des écrins de douceur et du très grand Voidz.

 

Retrouvez le contenu de l’album ici :

https://www.youtube.com/watch?v=Hleuwse8wxA

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