Ça y est. Après avoir tissé ce partenariat pendant l’été entre les 3 associations, voici arrivée la première édition. Au menu, trois étudiants Erasmus nous parlent de 3 thèmes touchant à un pays qu’ils connaissent : Victor a parlé de l’Histoire de la Bulgarie, Anton des difficultés qu’implique le choix de la sortie du nucléaire par le gouvernement allemand et Giulia a terminé par une réflexion sur le mouvement 5 étoiles. Nous allons vous restituer ce qui s’est dit dans cette sympathique rencontre (avec quelques approfondissements personnels)…

Notons qu’il a fallu durement négocier pour obliger le patron du bar, qui a failli ne pas respecter la réservation (« on m’aurait dit que c’était un débat j’aurais dit non direct »), à tenir ses engagements.


Une histoire de la Bulgarie à l’occasion de l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin

Une histoire de la Bulgarie à l’occasion de l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Nous étions en effet le 14 novembre. Victor propose cette ballade car dit-il l’Histoire de la Bulgarie est peu connue. Ce pays existe depuis 681. La Bulgarie est devenue chrétienne en 864, les Bulgares ont adopté l’alphabet grec puis le cyrillique avec Cyrille et Méthode. Le pays a grandi jusqu’à 1396. Il a connu ère ottomane suite à une défaite militaire, car le pays a été divisé en deux parties à cause d’un conflit entre les deux héritiers du trône. La domination a duré 500 ans.

En 1878, la Bulgarie s’est libérée avec l’aide de la Russie (c’est une des raisons pourquoi elles sont si proches jusqu’à aujourd’hui). Le royaume de Bulgarie a existé quelques années, en prenant un roi d’Autriche (car il n’y avait pas de famille royale). Pendant la Première Guerre Mondiale et les guerres balkaniques, elle a tenté de regagner des territoires. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, le roi a été tué par l’Allemagne. Le mouvement anti-nazi a commencé la résistance. Le 9 septembre 1944, la partie socialiste a gagné contre les nazis et c’est devenu l’État socialiste bulgare.

Le secrétaire général du PC bulgare, Todor Jivkov, est resté jusqu’en 1989 (exceptionnelle longévité même par rapports à ses collèges de RDA ou Roumanie). Le PIB par personne a quadruplé sur la période. Marquées par des progrès dans l’agriculture, l’économie. La Bulgarie était la « Silicon Valley du Pacte de Varsovie ». En 1989, avec la chute du régime, le PIB a chuté environ avec de 30%. Pour comparer, aux USA, la grande dépression, c’était 20-25%, pour dire comme c’était catastrophique. Tout a été privatisé trop rapidement et le processus n’était pas vraiment contrôlé. La période socialiste est vraiment celle où la Bulgarie s’est retrouvée indépendante après 500 ans de domination. Et après 1989, ce fut la dépression, la criminalité, et tous les stéréotypes sur l’Europe de l’Est. Le PIB a à peine augmenté depuis 1989. Le coefficient de Gini en Bulgarie a explosé depuis la période socialiste.

 

Débat : que pensez-vous du système socialiste ?

Victor : économiquement c’était mieux avant, mais politiquement ça dépend du point de vue. Beaucoup de fautes ont été faites à la transition : la privatisation complète et immédiate à prix ridicules à détruit l’économie. Officiellement aucun parti ne dit « c’était mieux avant », seulement les vieux. Presque tous les partis, parti socialiste compris, sont pro-européen. Pas de débat comme cela dans le débat politique, les seuls qui sont présentés dans le parlement contre l’UE sont plutôt à droite.

La démocratie fonctionne pas vraiment, on achète des votes. Quelles différences entre Allemagne et Bulgarie : jugeant par ma propre expérience, le système scolaire est meilleur. Là-bas on sent la corruption tout le temps (culture du bakchich), en Allemagne il y a de la corruption dans les espaces élevés mais pas dans la vie quotidienne. L’influence russe a été grande car libérée par la Russie en 1878 et pendant la période socialiste.

On se sent plus proches avec la Russie que de l’Europe de l’Ouest, on trouve des traces de turc dans la langue. Les plus vieux sont plus russophiles, les jeunes plus russophobes. Le gouvernement (plutôt droite) est pro UE etc. et officiellement la Bulgarie est contre la Russie. Mais le nouveau Président (socialiste) Rumen Radev a choisi un discours plus ouvert par rapport à la Russie, même s’il est diplômé d’une école militaire américaine.


L’énergie nucléaire en Allemagne, un débat très actuel

L’Allemagne a eu à choisir entre le réchauffement climatique et le nucléaire. Et elle a choisi le réchauffement climatique.

Beaucoup de déchets nucléaires ont été largués dans l’océan. Quelles pourraient être les alternatives à l’énergie nucléaire ? Les énergies vertes (le vent, le soleil, l’eau, la biomasse, l’énergie thermique) ? L’Allemagne avait 17 réacteurs nucléaires, tous gérés par l’État.

Il y avait un contrat avec une compagnie suédoise pour quarante ans d’énergie nucléaire. Mais juste après cela, il y a eu le choc de Fukushima. Le gouvernement allemand tourne alors casaque. C’est le 35e amendement : quitter l’énergie nucléaire pour 2022. Il y a toujours une procédure en cours pourtant, car les Suédois ont investi.

Ajoutons à ça le débat public : cela serait-il catastrophique ? Aujourd’hui, neuf réacteurs fonctionnent mais vont être éteints. Mais il n’y a pas assez d’électricité produite pour satisfaire les besoins de la population. Pour rendre l’éolien viable, il y a eu un projet d’innovation technologique. Mais ce projet a échoué car « cela porterait atteinte à la beauté de la nature ». Devinez qui a dit cela ? Le parti vert. Eh oui, c’était plus important que d’améliorer l’énergie nucléaire.

Des alternatives sont toujours possibles : les mines de charbon (qui rejettent beaucoup de dioxyde de carbone), par exemple. L’Allemagne veut diminuer ses émissions de dioxyde de carbone de 40 %, mais avec les mines ce sera au mieux 32 %.

Débat : Selon vous, faut-il utiliser les mines de charbon et sortir du nucléaire immédiatement ou attendre ? Autrement dit, le gouvernement a choisi la première option. Pensez vous que c’était la bonne décision ?

L’Allemagne achète de l’énergie à d’autres pays.
Devons-nous abandonner le nucléaire avec l’ensemble de l’Europe ?
En Allemagne, il y a quatre compagnies d’électricité. Elles sont en concurrence et les gens choisissent leur fournisseur sur Internet, donc ils pourraient choisir le plus « vert ». Et l’État peut mettre des taxes sur celui qui utilise le plus de charbon, pour favoriser les plus écologiques. En France, il y a seulement EDF, donc il faudrait que l’État investisse. Ce serait plus simple, mais Macron ne veut pas.
Victor : les énergies renouvelables ne sont pas assez fortes. Techniquement parlant, pour maintenir un courant puissant pour pas que ça coupe, seul le nucléaire tient la route.

 

 


Giulia : le mouvement 5 étoiles : dynamique et fonctionnement

Les étoiles symbolisent les enjeux liés à l’eau, l’environnement, les transports et l’énergie : une partie du mouvement est également écologique. Ce dernier est en train de grandir, ayant même des élus européens. Ce n’est pas un parti, car l’opinion est contre les partis, comme en France. Fondé en 2009 par Pepe Grillo, comédien, ils veulent instaurer une démocratie directe, ce qui n’est pas le cas du régime italien actuel. Le mouvement met en avant des idées de droite et de gauche. L’expression actuelle pour la démocratie directe est l’« e-politique ». Le mouvement 5 étoiles dispose d’une plateforme pour voter en ligne ; c’est d’ailleurs comme ça que leurs primaires ont fonctionné. Ils peuvent y proposer des lois, poser des questions, proposer des référendums : tout se passe sur internet. En 2013, une idée d’alliance a germé entre le parti démocrate (centre gauche, Renzi) et le mouvement 5 étoiles, mais sans résultat. Il y a un nouveau vote au printemps 2018, avec cette fois-ci un nouvel axe principal : la lutte contre la corruption. Dans 5 étoiles, on ne peut pas être élu plus que deux fois, le mouvement considérant que la politique ne devrait pas être un moyen de s’enrichir. Les membres sont cherchent constamment à réduire les salaires des élus et diminuer leur nombre. Ils n’ont pas encore été au gouvernement, bien que les maires de Turin et Rome sont à 5 étoiles, élus en 2016.

Valentin : Est-ce que l’utilisation des nouvelles technologies permet de politiser davantage les populations ? → Giulia : Peut-être un jour.

La Ligue du Nord (l’extrême droite), avec Salvini, est un plus vieux parti qui a en commun avec 5 étoiles d’être contre l’Europe et l’euro. Le Nord étant plus développé, ils souhaitent une autonomie économique et politique de l’Italie du Nord par rapport au Sud : c’est le premier point de leur programme. Et 5 étoiles n’a jamais été dans cette optique. La Ligue est plus xénophobe. Le Président du parti a, par exemple, tweeté le 13 novembre que si l’Italie ne s’est pas qualifiée pour la coupe du Monde, c’est car il y a trop d’immigrés dans l’équipe.


Merci à Clovis Daguerre de Môndus pour avoir animé le débat, merci à Môndus pour les photos, remerciements aux étudiants d’avoir fait ces présentations et un merci global aux associations. A bientôt pour le prochain café !

 

Par Antonin Lamy

 

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