Aujourd’hui seront élu.e.s nos représentant.e.s étudiant.e.s au Conseil d’Administration. Cet événement est l’occasion de prendre la température politique de l’IEP. Vers qui se tournent les votants ?

 

Les derniers événements de notre histoire politique nous ont appris à nous méfier raisonnablement des sondages. L’avènement d’un président américain inattendu, la sortie d’une nation de l’Union européenne ou la défaite de la droite à une élection « imperdable » ont contribué à les décrédibiliser auprès des Français. Paradoxalement, ils n’ont jamais été aussi précis. Le fait est seulement qu’on leur a collectivement attribué une mission qui n’aurait jamais dû être la leur : celle de la prévision.

Les études quantitatives évaluent seulement une opinion déclarée à un moment donné. Il y a donc beaucoup d’élasticité entre le moment de l’enquête – où l’intention est formulée – et celui de la réalisation de l’acte promis. Un sondage est plus l’expression d’une dynamique de fond que celle d’un résultat fixé avec certitude.Les choix peuvent largement être influencés a posteriori par des facteurs aussi divers que le débat d’idées, la personnalité du candidat ou la publication du sondage lui-même.

Aussi je ne prétendrai pas révéler précisément les résultats des élections étudiantes du 23 novembre.

Considérons plutôt cet article comme un pari. Indépendamment de la rédaction de Caractères, j’ai décidé de collecter les tendances électorales d’avant-élection. Les résultats annoncés ici sont le fruit d’un questionnement marqué par la temporalité de l’enquête. Quand le rideau de l’isoloir sera tiré sur les votants, il est probable qu’ils soient différents. Ceux-ci n’engagent que moi et ne constituent en aucun cas une prise de position personnelle. Ils ont été menés avant le débat du Lundi 20 novembre, c’est-à-dire avant l’accélération de la campagne et les communications officielles de la Démocratie sur son 31 (DEM31). Cette liste est donc largement sous représentée par rapport aux deux secondes. J’ai tenté de rehausser l’estimation en fonction des retours que l’on m’a fait par la suite ainsi qu’en prenant en compte le nombre de personnes indécises. L’étude a finalement été menée sur une soixantaine d’étudiant.e.s issu.e.s de tous les collèges. L’échantillon retenu étant assez limité, il ne saurait être considéré comme une preuve intangible des points de vue étudiants. Restituer la dynamique globale qui a motivé le vote de demain était mon objectif. Annoncer un résultat crédible sera mon pari.

“Le Porte Voix semble faire la course en tête”

Au moment où j’écris, le Porte-Voix (PV) semble faire la course en tête, loin devant ses deux opposants. Il est crédité d’environ 42 % d’intentions de votes. La prudence m’engage toutefois à nuancer cette approche en n’annonçant qu’une fourchette de probabilité. PV récolterait alors entre 37 et 43 % des suffrages aux élections CA. L’Alternative Étudiante (AE) suivrait avec 31 %, soit probablement entre 28 et 34 % des voix toulousaines. Enfin, La démocratie sur son 31 fermerait la marche avec 12 %. La déclaration tardive de cette liste ainsi que le retrait surprise de l’Initiative des Étudiants Progressistes (IEP) rendent son impact plus difficile à évaluer que pour AE et PV. Je leur attribuerai donc une fourchette d’estimation moins précise : entre 10 et 17 % d’intention de vote selon les collèges. Le nombre d’abstentionnistes et d’indécis avoisinerait aujourd’hui les 15 %. L’enjeu pour les listes était équivalent à celui qui motive les candidatures nationales. Réussir à mener campagne auprès de ceux qui hésitent sera sans doute la clé de voûte de la victoire au Conseil d’administration. Cette masse pourrait ainsi se stabiliser à 15 % comme elle pourrait se répartir entre les candidats déclarés. C’est également la raison qui me pousse à établir un panel d’intention de vote plus qu’un chiffre définitif.

Quels sont les déterminants du vote ?

Ceux-ci sont au nombre de quatre. Il s’agit du degré de politisation des listes ; de leur implication dans la campagne, de la question de la représentativité du Conseil d’Administration et du taux d’abstention des étudiants de second cycle.

Premièrement, qu’elle soit une source d’adhésion ou – au contraire – de rejet, la politisation des listes est un facteur essentiel du vote. Bien que tou.te.s les sondé.e.s ne glissent pas leur bulletin dans l’urne en fonction d’une couleur politique, le thème est récurrent dans leurs réponses. Un électeur PV est ainsi plus enclin à déclarer qu’il « préfère que les élus se concentrent sur les problèmes de l’IEP » ou que le discours d’AE le « gêne car ils sont censés représenter les étudiants et non s’engager en leur nom dans des manifestations » que ne le serait un autre votant. Inversement, un électeur d’AE se réjouira de la revendication purement syndicale de la liste qu’il soutient.

 

“Alternative étudiante récolte une partie des votes de la droite et du centre”

Il est à noter que l’engagement politique d’Alternative étudiante – très marqué à gauche – lui ouvre paradoxalement les portes d’un vote centriste, voire de droite. Plusieurs sondé.e.s encarté.e.s à droite et au centre ont ainsi reconnu vouloir voter pour AE dans la mesure où « c’est aujourd’hui la seule liste qui accepte de reconnaître les associations politiques à SciencesPo ». Le projet était en effet défendu conjointement par AE et l’Initiative des Étudiants Progressistes mais le renoncement du plus vieux syndicat de l’établissement a creusé un boulevard pour celui qui demeure.

Le second déterminant du vote est celui de « l’implication dans la campagne ». Au moment où le sondage a été réalisé, Porte-Voix présentait son programme pour la mobilité académique et faisait figure de grand leader. Un.e 1A est allé.e jusqu’à déclarer que sa « connaissance s’arrêtait à PV et que son vote irait donc probablement vers eux ». L’aspect formel de la campagne est en fait un facteur non-négligeable de la décision finale. La réponse de PV suite au renoncement de la liste IEP, les fautes d’orthographes des premiers tracts d’AE, la clarification des volontés de DEM31 ainsi que la réunion inter-associations organisée par Alternative étudiante ont ainsi joué de façon variée sur l’image des listes auprès des étudiants. Le fait que nos murs se couvrent aussi tard des affiches électorales n’est d’ailleurs sûrement pas un hasard.

“Une écrasante majorité d’individus s’apprête à voter pour un scrutin dont elle doute de l’utilité”

Le troisième déterminant du vote est celui de la représentativité. 87 % des élèves estiment que la campagne est un moment important de la vie à l’IEP. En revanche, ils ne sont plus que 31 % à croire que leurs élus ont un poids suffisant face à l’administration1. Ce constat souligne un paradoxe intéressant : une écrasante majorité d’individus s’apprête à voter pour un scrutin dont elle doute de l’utilité concrète. Le devoir idéologique de démocratie interne s’impose sur la faiblesse présupposée de son exercice.

“Avec 9 élus sur 31 membres au CA, on se sent bâillonnés”

Si DEM31 a fait de cette question son seul et unique axe de campagne, les retombées seront vraisemblablement contrastées. Le « vote de contestation » appelé par ses têtes de liste ne se ferait pas systématiquement en sa faveur. Beaucoup de sondé.e.s expriment leur mécontentement de n’être que « faiblement » représentés au sein des instances de l’IEP : « Avec 9 élus sur 31 membres au CA, on se sent bâillonnés. On est représentés sur la forme mais pas sur le fond ». Selon eux, pour que leur voix « compte », il faudrait augmenter ce nombre à 11 ou 12 étudiants. Toutefois, à l’image de ceux qui iront voter tout en ne croyant pas à l’importance de leur geste, la contestation n’apparaît pas en soi comme une raison suffisante pour se tourner vers DEM31. Ce constat est en partie dû au fait que la liste n’avait pas encore communiqué sur sa raison d’être au moment du sondage. Il est donc tout-à-fait pensable que, dans la journée, ce réservoir contestataire alimente finalement la Démocratie sur son 31. De plus, le « non » à la question « Pensez-vous que les représentants étudiants aient assez d’influence au CA ? » cache une vision contrastée de la situation. Dans la mesure où le choix « ne se prononce pas » n’était pas disponible, un tel sondage – comme souvent – ne peut que lisser les réalités complexes. Beaucoup d’enquêté.e.s n’ont pas osé répondre fermement à la question et, bien souvent, ceux qui n’ont pas suivi la campagne2 avancent un « non » qui ne se base pas sur une certitude factuelle (certain.e.s portant le nombre d’élus étudiants à 6 ou moins). Les conclusions que j’en tire sont donc, encore une fois, à prendre avec beaucoup de précautions.

De l’importance du report des voix de l’ex-liste IEP

En vérité, ce qui orientera définitivement le résultat de ce soir, c’est le nombre de votants en 4A et 5A. Moins concernés, ils sont souvent bien plus pessimistes que les étudiants de 1er cycle. Leur préférence pourrait donc aller vers DEM31 ou venir gonfler les rangs de l’abstention. À cela s’ajoute une inconnue de plus : le report des voix des électeurs de la liste IEP. Selon ce qui ressort de ce modeste travail, elles pourraient étonnamment se répartir de façon équilibrée entre le Porte-Voix et Alternative étudiante.

Seuls les résultats finaux pourront venir confirmer cette analyse. Mais une chose est d’ores-et-déjà certaine ; en l’absence de la liste IEP, la percée électorale que nous vivrons sera historique. Affaire à suivre.

Gabriel PÉLISSON

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1. Rappelons qu’il y a 9 représentants étudiants sur 31 élus au CA.

2. 30 % des sondés.

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