La polémique des “alternative facts” (ou “faits alternatifs”) de l’administration Trump, ainsi que les calomnies de ce dernier envers les médias du monde entier inquiètent et alarment sur ce qui est devenu l’un des enjeux majeurs de ce siècle : la Vérité est-elle vouée à l’extinction ? N’est-elle pas déjà morte ?

Puisque nos sociétés du capital ont fait le choix d’une vie monnayable, et que la tentation du pouvoir brise peu à peu les chaînes de la morale, nous nous sommes empêtrés dans une situation de plus en plus inextricable : d’Etats de droit nous sommes devenus des fabriques de la désinformation. Tout pour l’omnipotence, même l’illusion du vrai, même les supercheries du langage, même les affirmations faucheuses de bon sens. Le business du mensonge est un brouillard qui aveugle notre sens critique, en le plongeant dans l’ombre de l’Intox. La polémique des “alternative facts” (ou “faits alternatifs“) de l’administration Trump, ainsi que les calomnies de ce dernier envers les médias du monde entier inquiètent et alarment sur ce qui est devenu l’un des enjeux majeurs de ce siècle : la Vérité est-elle vouée à l’extinction ? N’est-elle pas déjà morte ?

Les “fake news” fleurissent et embrouillent une opinion publique déjà fragilisée par un contexte politique, économique, social et environnemental étouffant. Que ce soit sur la Toile ou dans les discours de nos gouvernants, plus rien n’assure la valeur des allégations qui circulent. Tout semble juste, et tout semble faux. L’électorat comme le bon citoyen sont perdus, cherchant en vain un peu de vrai enfoui sous une montagne de propagande. Mais qu’il est difficile de se libérer de l’infondé quand d’autres en font leur carrière, surfant et jouant leur destin sur un marché qui rapporte ! Cameron Harris, jeune diplômé américain, est allé jusqu’à créer un site dont l’objectif était de miner la crédibilité de Clinton pendant la présidentielle. Les révélations du « petit boutiquier du mensonge » ont ébranlé le net avec plus de 6 millions de partages sur les réseaux sociaux, et lui ont permis de se construire une petite fortune en un temps record. La manœuvre d’Harris n’était même pas politique, l’argent a été son véritable moteur. Et sa cupidité aura encore alimenté la suprématie du paraître sur l’être.

Faut-il cependant, lecteurs, en conclure une disparition totale de la juste information ?

Soit, les désinformations pleuvent sur nos pays déjà abîmés par la corruption et les promesses non tenues. Mais détrompez-vous, nous n’abandonnerons pas ce qui fait l’essence-même de la profession journalistique. Le combat pour la Vérité est déjà enclenché, et rallie les nombreux anti-démagogie de ce monde. Face aux « fake news » dont regorgent les réseaux sociaux, le « fact-checking » se dresse comme un mur de glace, ne laissant rien passer, vérifiant chaque source et chaque fait, tentant de démêler le vrai du faux. L’an dernier, l’Allemagne s’est munie d’un « centre de défense contre les fausses informations ». Tiens donc, un ministère de la Vérité ? Pourvu que cette nouvelle institution ne tombe pas sous l’égide d’un « Miniver » orwellien. Le Monde.fr a également décidé d’apporter sa contribution, impulsant aux autres médias une nouvelle ligne de conduite vers laquelle évoluer : celle des Décodeurs, en passant au crible les propos des hommes et des femmes publiques. Enfin, les lanceurs d’alerte font vivre la justice et le mérite à travers leurs combats, bravant souvent l’Autorité, au péril de leur liberté. Edward Snowden, Julian Assange, Bradley Manning. Ils sont autant de noms que de défenseurs sans vergogne de l’information orthodoxe et authentique. Que ce soit dans la légalité, ou sous l’étendard de la désobéissance civile, les combats contre le faux ne font que commencer.

La Vérité n’est pas encore dépouillée de ses derniers espoirs, non. Elle a été certes ternie, usée, délavée, mais elle est encore loin d’être oubliée. La responsabilité doit être partagée, car nous sommes bien tous des acteurs de la fabrique de la désinformation. Politiciens, institutions, entreprises, lobbys, journalistes, internautes, médias, réseaux sociaux… Il est de notre devoir citoyen, pour le bien-être de notre communauté et du vivre ensemble, de rester fidèles aux faits et non aux affirmations non vérifiées, à la réalité et non aux illusions. Il s’agit là de ranimer une confiance mutuelle qui ne cesse de s’effriter à longueur que les mensonges s’accumulent. Si nous voulons continuer à prétendre vivre dans des démocraties, et à s’y épanouir, il devient plus que pressant d’offrir à tous les citoyens des informations exactes. Avec toutes ces combines pour gravir un peu plus l’échelle de la réussite, toutes ces paroles démagogues qui ne sont là que pour attirer de nouveaux électeurs, les individus se retrouvent impuissants et incompétents pour décider de leur propre sort. Lecteurs, le temps est venu de retrouver un peu de vrai dans toute cette mascarade, cette comédie hypocrite et cette mise en scène trompeuse : la Vérité n’est pas encore morte, et il ne tient qu’à nous de la sauver.

PEDROSA Célia

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