Depuis la loi de 1905, la France s’est déclarée comme un pays laïc, où le religieux et l’Etat sont séparés et relèvent chacun d’une sphère différente. Quand la politique se revendique comme une activité rationnelle qui a pour but d’organiser la société, la religion elle se situe dans le domaine privé et répond à des croyances individuelles. Au fil du temps, l’apprentissage de la politique s’est accompagné de sa sécularisation. Bien qu’on ne puisse avoir des statistiques ethniques et religieuses puisque que c’est interdit en France, les instituts privés comme l’IFOP ou européens comme l’EVS montrent que le nombre de croyants catholiques est selon toutes les études en décroissance, que les musulmans représentent environ 6% de la population quand les Juifs représentent eux 1% de la population française. Contrairement à d’autres pays, il n’y a aucun parti en France affilié à une religion comme on pourrait en trouver en Allemagne ou en Italie même si ceux-ci sont en perte de vitesse. 84% de la population française est attachée à la laïcité. Elle est d’ailleurs inscrite dans la constitution. La France est le pays européen où la diversité religieuse est la plus grande qui soit. Tous ces chiffres montrent que la religion ne prend pas beaucoup de place dans la vie de la plupart des Français et c’est pourquoi elle ne devrait pas en prendre autant sur la sphère publique et politique.

La religion, une problématique majeure

Pourtant, la religion reste une problématique majeure, surtout ces dernières années. En effet,  on retrouve en France, comme partout ailleurs dans le monde, cette obsession pour les questions de nationalités et de religion. On peut en voir la preuve dans le premier débat de la présidentielle où la laïcité fut un des thèmes abordés bien qu’elle fut réduite à la question du burkini. La laïcité est une préoccupation majeure parce que 84% des français l’estime en danger. Au-delà du vieux débat sur la définition de la laïcité qui clive les personnalités politiques, bloque les décisions et alimente les polémiques, on utilise la laïcité pour combattre l’affirmation croissante de la religion musulmane. On donne une définition de la laïcité qui vise une certaine population. C’est ce qu’on a pu voir à travers la charte de la laïcité que Valérie Pécresse a voulu mettre en place pour la région Ile-de-France mais qui a été dénoncé par l’observatoire de la laïcité. En effet, celui-ci a montré que cette charte avait plus pour but d’interdire certaines pratiques religieuses plutôt que défendre la neutralité du lieu public. Car c’est bien le seul rôle de la laïcité, la défense de la neutralité de l’Etat vis-à-vis de la religion. « L’organisation politique de la société ne doit pas se faire selon les appartenances religieuses, c’est l’essence même du principe de laïcité. » rappelle Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM) dans une interview au Figaro. Cependant, depuis quelques années et la campagne présidentielle en est la caricature même, la religion est présente dans la société et dans le débat politique, au point où elle en vient à évincer certains sujets autrement plus important comme l’écologie. Lors d’un déplacement à Toulouse, lundi 19 décembre, l’ancien ministre de l’éducation et candidat déchu à la primaire socialiste Vincent Peillon l’a rappelé en déclarant en avoir « assez qu’on nous parle toujours d’identité nationale et de religion », proposant de « sortir la religion du champ politique ». Les partis et les femmes et hommes politiques à travers leur vision de la laïcité montre leur positionnement sur la religion et leur vision de la France en excluant, à un degré plus ou moins important, certaines personnes.

Quand la politique utilise les codes de la religion

Mais la religion est aussi présente en politique par l’allure mystique que cette campagne présidentielle prend et plus particulièrement la campagne de certains candidats. On peut le voir à travers l’affirmation « je suis gaulliste et chrétien » de François Fillon, utilisant un argument religieux pour légitimer son positionnement et son projet politique. On le voit à travers l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon, qui apparaît sur scène comme le messie, par le ciel. Enfin, on le retrouve à travers la campagne d’Emmanuel Macron, qui lui-même parle de la carrière politique comme ayant une dimension mystique dans un entretien au JDD: « La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas. Je ne cherche pas à être un prédicateur christique. ». Ainsi, à travers la forme même que prend la politique, on la lie au spirituel, à la recherche de la transcendance dans un homme providentiel. Parce que nous sommes dans une période de crise et que face à tant d’incertitudes, on a besoin et on recherche cette transcendance qui permettrait de rendre à la société sa cohésion. Le retour au référant religieux se fait dans le but de combler un vide. En temps de crise comme le montre l’anthropologue Wilson D. Walllis, on a plus tendance à se tourner vers une figure de domination charismatique, une incarnation d’un prophète, d’un messie. Le problème, c’est qu’on invente des positions sacralisantes qui sont camouflées par quelques notions vagues. Elles ne définissent rien de concret. La politique incarnait l’argumentation rationnelle, aujourd’hui elle est résumée à de grandes idées peu claires dans le but de rassembler le plus de personnes possible. On cherchait des réponses dans des arguments, maintenant les solutions sont dans un nom, un visage qui incarnerait la solution. La politique a perdu tout sens rationnel. Elle n’est plus qu’une croyance aveugle à laquelle on ne confie rien moins que notre futur.

Aurélie Loek

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