28 juin 2017

        Préparez vous à un billet d’humeur extrêmement cynique sur l’état de notre démocratie… Parce quand vous vous rendez compte que la situation était moins dramatique en RDA, c’est que vous avez un sérieux problème chez vous.

        Il y avait plus d’opposants au Parlement de la RDA qu’il n’y en aujourd’hui à l’Assemblée nationale ! Voilà c’est dit… de quoi faire réfléchir, parce que la RDA n’est a priori pas le premier pays qui vient à l’esprit quand on parle de démocratie. Oui la RDA vous savez, c’est la République démocratique allemande, ce qui avec un nom comme ça n’annonce rien de bon. C’est l’Allemagne de l’Est quoi, ce pays qui a construit un mur. Non pas des murs comme on fait aujourd’hui pour empêcher des gens qui fuient la guerre de venir en Europe, non non un mur dans le pays pour empêcher les gens d’en sortir. C’était pas vraiment Schengen quoi, même si à leur décharge en 1961 Schengen n’existait pas encore.

Bref on a une Assemblée nationale bleue Macron, où le parti au pouvoir a une majorité écrasante. On en emploi le mot parti à dessin pour qualifier LREM, car la différence entre un parti et un mouvement est que le premier cherche à remporter une élection, l’autre ne présente pas de candidats. Donc LREM n’a de mouvement que le nom, tout comme la France Insoumise d’ailleurs. Les résultats vous ne les connaissez que trop bien. Voici un récapitulatif du Monde pour mémoire :

 

 

 

 

 

La majorité absolue est à 289 députés, #PiqûreDeRappel. Ce qui fait donc 350 députés pour Macron en comptant ses alliés du MoDem. Comme si ça ne suffisait pas, sont prêts à aller à la soupe, bien que Macron n’ait pas besoin d’eux mais c’est l’intention qui compte :

– des députés de l’ex-UMP, qui sont en accord avec le programme économique de Macron et la façon de le faire ; les ordonnances, juste au cas où, des fois qu’il y ait des problèmes pour faire voter ses lois. Bon je ne suis pas en train de dire qu’ils vont tous les voter, la politique politicienne étant de mise à l’Assemblée. Certains députés ex-UMP s’opposeront, par principe, après « je pense donc je suis » de Descartes, c’est « je m’oppose donc je suis », parce qu’il s’en trouve encore pour dire que Macron c’est la gauche, bien que le principal intéressé s’en défende (encore heureux).

– Ensuite on a le PS, ou ce qu’il en reste : une majorité de Macron-compatible, c’est-à-dire ceux qui ont voté les lois néolibérales du quinquennat Hollande pour conserver l’investiture du parti pour les législatives suivantes. On voit bien que oui niveau opposition ça va être compliqué.

« Il faut lui donner sa chance ». Oui sans doute. En voilà une pensée aimable, surtout pour quelqu’un élu un peu par accident ; je fais allusion à a conjonction du « vote utile », le boulevard laissé au centre avec les victoires surprises d’Hamon et Fillon et les affaires de ce dernier. Maintenant on va juste le mettre en mémo pour le prochain coup, lui donner sa chance n’est pas incompatible avec le fait qu’il y ait une vraie opposition constructive, qui réclame des explications quand c’est nécessaire, et soit en mesure d’être en contre-pouvoir si ce n’est pas le cas. Oui c’est plus long, c’est plus pénible, mais c’est quand même ce qu’on appelle la démocratie. Et lui donner sa chance ne veut pas dire non plus qu’on doit se satisfaire que 15 % des électeurs puisse donner plus de 60 % des sièges à son parti, pas besoin d’être un fervent démocrate ou un génie des maths pour être un peu gêné.

Donc plus d’opposants en RDA. En même temps vous allez voir, ce qui est pratique avec la RDA c’est que ça a l’avantage de ne pas être très compliqué : chaque groupe dispose d’un nombre fixe de députés, ça coûte moins cher quand on fait les élections. Dans les années 1980, le SED (« Parti Socialiste Unifié d’Allemagne»), qui dirige le Front national (non pas celui auquel vous pensez), a une majorité relative avec 127 sièges sur 400. Quant aux autres partis, chrétiens-démocrates, libéraux, nationaux-démocrates et le Parti paysan (agrarisme) disposent de 52 sièges chacun. Par ailleurs, ce qui est intéressant, à voir si c’est une bonne chose, sont représentés à la Chambre le syndicat FDBG ainsi que plusieurs organisations de masse, qui participent à la structuration de la vie civile.

 

Mais il ne s’agit pas de spolier les mérites des macronistes. S’ils ont moins d’opposition que n’en avaient le régime de la RDA, c’est que LREM y a quand même plus mis les moyens ! On s’explique : « la République en Marche », ça claque plus que « Parti socialiste unifié » (SED), clairement y’a eu un effort de marketing supérieur ; sans parler de la tête d’affiche : Macron contre Honecker… désolé Erich.

Dans les partis progressistes, pour se consoler d’avoir perdu malgré de bonnes campagnes, on se réconforte en se disant « qu’une table avec l’étiquette EM aurait été élue ». Le pire est que cette image a sans doute un fond de réalité.

Intéressons nous un instant aux symboles : l’hymne de la RDA était Auferstanden aus Ruinen (« Redressons-nous hors des ruines »). On pourrait l’appliquer à Macron : redressons nous hors des ruines de l’UMPSi ! Même si à titre personnel je doute que M. Macron supprime la Marseillaise ; car il risquerait d’oublier d’où il vient : à Marseille il a quand même tenu un meeting où il a employé à peu de choses près les mêmes mots que Hollande en campagne en 2012ii.

Si on était de mauvaise humeur, on pourrait encore tirer la comparaison. Par exemple en regardant la stabilité politique extraordinaire de la RDA : trois dirigeants en 45 ans. Une continuité somme toute peu contestable. Et en France nous avons eu deux partis qui ont fait à peu de choses près les mêmes politiques néolibérales pendant près de trente ans. Dans les deux pays, cela a lassé la population. Et quelles furent la réaction de ces élites aux pouvoirs ? Elles ont poussé vers la sortie le leader vieillissant, Erich Honecker comme François Hollande… Pour le remplacer par quelqu’un de jeune, dynamique hors parti… Egon Krenz (alors 52 ans) en RDA, et en France Emmanuel Macron. Des anti-systèmes, des hommes neufs n’est-ce pas ! En RDA, Krenz n’était jamais que le n°2 du régime depuis cinq ans, plus apparatchik tu meurs. Et en France, Emmanuel Macron, bras droit de F. Hollande pendant trois ans comme secrétaire de l’Élysée, puis principal instigateur de sa politique économique désastreuse en tant que ministre de l’économie ; l’outsider, le parfait anti-système de l’ENA en somme ! Mais la comparaison s’arrête là: les Allemands de l’Est ne se sont pas laissés duper par ce ravalement de façade, et quelques semaines plus tard le régime s’effondrait avec le Mur, envoyant Krenz au placard.

Les Français seront-ils plus prompt à se rendre compte de la supercherie dont ils ont été victimes ? Et encore on est gentils on dit victimes, Georges Orwell était moins tolérant : « un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice ! ».

Antonin Lamy

i On se permet ici d’emprunter la formule d’un parti populiste pour parler d’un autre populiste, on espère que ça ne vous dérange pas ; cf la Médiasphère du 3 avril 2017, censurée, ce qui révèle qu’elle vaut la peine d’être regardée : https://www.youtube.com/watch?v=O10pECbvQsE

ii même source

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