Les manifestations répétées depuis plusieurs mois contre le port d’armes aux États-Unis illustrent cette volonté manifeste de modifier la législation

Le 14 février 2018, les américains aussi étaient censés témoigner leur amour… mais c’est bien la haine puis la détresse qui ont ébranlés la ville floridienne de Parkland. Après cette nouvelle fusillade, sanglante au point de mettre un terme à la vie de 17 personnes, il est temps de se poser les bonnes questions aux États-Unis, et d’ “aller au fond du problème” comme l’a déclaré le directeur du FBI Christopher Wray au lendemain de l’attaque. Les États-Unis, qui concentre en effet l’essentiel des massacres par armes à feu, avec un nombre exorbitant de 426 fusillades sur l’année 2017, est maintenant plus que jamais face à ses responsabilités devant la colère grandissante de ses citoyens, à l’image de celle exprimée par la mère d’une élève fusillée à Parkland, qui réclamait ardemment à la Maison Blanche, sur la chaine américaine CNN, “Des actes ! Des actes ! Des actes !”. La balle se trouve alors à nouveau dans le camp du gouvernement et du Congrès américains, qui cette fois-ci devraient prendre des mesures concrètes dans le but de réduire significativement le nombre de fusillades sur leur territoire. Reste maintenant à savoir à quelles nouvelles réglementations celles-ci aboutiront, alors que les différents lobbys se mobilisent toujours plus intensément pour faire pencher la balance en leur faveur.

Premiers visés, les lobbys “pro-guns” restent au dessus de la mêlée

En novembre 2017, un sondage Gallup présentait l’opposition d’une majorité d’américains à la détention d’arme à feu pour tout citoyen américain lambda. Or, il n’échappe qu’à peu de monde qu’aujourd’hui, la législation américaine autorise ses citoyens à disposer d’une arme à feu dans les espaces publics, dès lors que ceux-ci se seraient familiarisés à leur utilisation, par l’obtention d’un permis de port d’armes. Déjà contestable sur le principe, cet armement à visée essentiellement défensive, du moins en principe, l’est d’autant plus qu’il n’est contrôlé que dans une relativement faible portion des cas. En effet, selon une étude récente du magazine New Yorker, 40 % des 300 000 millions d’armes détenues par des particuliers aux États-Unis ont été acquises illégalement dans des foires ou par le biais d’ annonces. Cette proportion naturellement inquiétante d’armes à feu en possession d’individus non habilité à l’usage de celles-ci pose ainsi d’importants problèmes de sécurité aux États-Unis, tragiquement traduits par les 589 morts et 2082 blessés par balles dans le pays durant l’année 2017, selon les données du journal Le Monde. La NRA (National Rifle Association), puissante association américaine militant pour le port d’armes aux États-Unis, est alors la première cible des “anti-guns”, qui lui reprochent d’être indirectement à la source des fusillades advenues. Avec ses 5 millions de membres revendiqués, l’organisation jouent un rôle prépondérant dans le maintien de la législation en vigueur aux États-Unis sur le port d’armes à feu, en finançant à elle seule plus de 2 fois ce que les associations “anti-guns” investissent dans les campagnes présidentielles, mais surtout en offrant avec d’autres organisations “pro-guns”, comme la National Association for Gun Rights, plus de 10 millions de dollars au Congrès américain, contre seulement 1,4 millions (en 2014 et selon Le Monde) concernant les organisations “anti-guns”. Dès lors, les requêtes citoyennes visant à la modification, voire abolition du 2ème amendement du Bill of Rights (puisque l’interprétation qu’en a fait en 2008 la Cour Suprême américaine permet la détention d’armes à feu par les citoyens possédant un permis) se heurtent à des obstacles majeurs sur le plan politique. Si même les démocrates se montraient lors de la campagne présidentielle de 2016 réticent à l’idée d’abolir le 2ème amendement, il est en effet (très) peu probable qu’un conservateur comme Trump accepte de faire des concessions sur ce sujet, les “pro-guns” s’étant largement mobilisés pour son élection.

Les jeux vidéos : un réel fléau ?

C’est ainsi sur le dos des jeux vidéos violents que la Maison Blanche a préféré mettre la multiplication des fusillades, notamment les 18 produites dans des établissements scolaires sur les 45 premiers jours de l’année 2018, prenant pour exemple le goût avéré du meurtrier Nikolas Cruz pour les jeux de guerre, malgré ses 19 ans à peine passés. En mettant en avant de soi-disant études montrant la corrélation entre la violence virtuelle et la violence dans la réalité, le président américain Donald Trump a ainsi clairement choisi son camp. Mais là encore, le lobby des jeux vidéos a ses arguments à faire valoir. En effet, la ESA (Entertainment Software Association), principal lobby “pro-video games” américains n’a pas manqué de mettre en doute la véracité des études mises en avant par Trump, sans toutefois qu’aucune preuve scientifique neutre ne puisse être apporté de part et d’autre. Si les ressources financières de l’association sont bien moindre par rapport à celles de la NRA, sa voix reste largement entendue dans la sphère politique américaine, et l’association a ainsi pu faire passer ses arguments. Parmi ceux-ci, on retrouve celui des mesures préventives mises en place par l’industrie du jeu vidéo, pour informer les parents du degré de violence retrouvée dans les jeux. Malgré tout, les campagnes de prévention n’empêchent pas les mineurs de jouer à des jeux réservés aux adultes, et c’est la mise en place d’une limite d’âge nécessaire et non plus conseillée pour le jeu qui pourrait être proposée prochainement devant la Chambre des représentants. Mais là encore, les mesures risquent d’être difficiles à adopter, puisqu’elle toucherait cette fois-ci au premier amendement, qui aujourd’hui protège l’industrie du jeu vidéo aux États-Unis. De plus, la difficulté à affirmer l’impact des jeux vidéos sur les fusillades qui se succèdent depuis des années aux États-Unis, ainsi que la nature des agresseurs, qui bien souvent sont relativement âgés et conséquemment en droit, même de principe, de jouer à des jeux vidéos violents (par exemple, la fusillade la plus meurtrière de l’histoire moderne des USA, en 2017 à Las Vegas, est l’œuvre d’un homme de 64 ans), posent dans ce secteur aussi des difficultés à faire bouger la réglementation.

Quelles conséquences ?

C’est finalement la question que tout le monde se pose aux États-Unis, et ceci depuis plusieurs années maintenant. Il semble si dur de faire trembler l’un des deux lobbys que l’on peut douter de réelles mesures pour limiter les fusillades dans le pays qui les voient se succéder jour après jour. La terreur à beau gagner les citoyens, les représentants politiques américain n’auront certainement pas l’audace ou la possibilité de faire avancer la situation, que ce soit par l’abolition du droit au port d’armes sur la simple obtention d’un permis, ou par l’interdiction des jeux vidéos violents aux personnes mineures. Cette idée était d’ailleurs justement relayé au Monde par le chercheur en science politique et spécialiste du jeu vidéo Olivier Marco :« L’industrie du jeu vidéo n’a pas grand-chose à craindre de Trump. […] L’industrie des armes à feu non plus, c’est certain ».

 

 

 

 

 

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