Madrid vs Barcelone, le choc d’un référendum

   Le référendum du 1er octobre 2017, qui a vu le oui l’emporter à 90% a été l’étincelle qui a fait exploser les tensions entre la Catalogne et Madrid contenues depuis début septembre. C’est surtout la violence des forces de l’ordre, empêchant les Catalans d’aller aux urnes, qui a réellement mis le feu aux poudres et déclenché des manifestations de la part des indépendantistes catalans. La société espagnole divisée entre les indépendantistes et les anti-indépendantistes a alors commencé un dialogue de sourd par manifestations interposées. Tant à Madrid qu’à Barcelone chacun reste campé sur ses positions. Le 10 octobre Puigdemont a déclaré l’indépendance unilatérale de la Catalogne, avant de prononcer sa suspension temporaire pour négocier avec Madrid. Le gouvernement de Rajoy a répondu à cette déclaration en laissant 5 jours à Barcelone pour clarifier sa position. Sinon il déclenchera l’article 155 de la Constitution, une procédure inédite qui consiste à mettre sous tutelle une communauté autonome. Même le roi d’Espagne a condamné avec fermeté cette prise unilatérale d’indépendance.

Madrid/Barcelone, la division autour de l’identité 

   Le gouvernement de Madrid conteste cette prise d’indépendance en invoquant le droit constitutionnel espagnol. En effet la Constitution stipule dans son article 2 que « la Constitution repose sur l’indissoluble unité de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols, et reconnaît et garantit le droit à l’autonomie des nationalités et régions qui la composent et la solidarité entre elles toutes ». Ainsi cette organisation reconnait l’autonomie des régions mais les rassemblent sous un seul État qui ne fait qu’un. De plus le référendum d’octobre avait été jugé inconstitutionnel par la Cour constitutionnelle d’Espagne le 12 septembre 2017.

   Les indépendantistes appuient quant à eux leur démarche sur la revendication d’une identité culturelle propre, se traduisant par la langue catalane ou le drapeau.  Selon eux, cela relève même plus d’une identité nationale que d’une identité régionale. Mais cette volonté d’indépendance peut aussi s’expliquer par les difficultés économiques de l’Espagne, depuis 2008 notamment, qui ont fragilisé la légitimité et le pouvoir de Madrid. La Catalogne est une puissance économique incontestable en Espagne. Ainsi lui demander des efforts budgétaires a pu pousser à certaines contestations sociales. En outre les fonds européens tels que le FEDER ont aussi permis une émancipation de la régions vis-à-vis de l’État en leur offrant un accès à des ressources supplémentaires alternatives.

L’indépendance mais à quel prix ? 

  La volonté d’indépendance catalane doit donc tant à des facteurs conjoncturels que des facteurs structurels plus profonds qui relèvent d’une identité culturelle fortement marquée et revendiquée. Elle met l’État espagnol dans une situation délicate car sa légitimité est contestée par une partie de la population, fragilisant ainsi son pouvoir. Cependant la Catalogne et les indépendantistes sont moins en position de force qu’il n’y parait. La déclaration du président catalan montre en effet une volonté de discussion et la possibilité de négociations. Mais elle démontre surtout que malgré une radicalité de façade, le président catalan n’a pas les mains totalement libres. Effectivement l’indépendance n’est pas faite et tenter de l’imposer par la force et sans négociation avec l’Espagne ne serait pas dans l’intérêt des Catalans, tant d’un point de vue économique que diplomatique. Sur le court terme les marchés risquent en effet de paniquer et les entreprises d’anticiper une mauvaise conjoncture, entraînant une baisse des investissements ou la délocalisation de sièges sociaux, comme on a déjà pu l’observer avec la banque Caixa qui s’est délocalisée à Valence.

   De plus les relations diplomatiques avec les autres pays peuvent s’avérer être dans un premier temps difficile. En effet les État partenaires et voisins de l’Espagne ne peuvent pas soutenir ouvertement cette position de rébellion de la Catalogne, qui remet en cause la domination de l’État. L’Europe ne peut pas non plus intervenir dans les affaires internes d’un État souverain. Or sans l’Europe la Catalogne en tant qu’État risque d’être fortement isolée, hors du marché commun, sans les fonds de l’Espagne ni de l’Union Européenne et privée de ses relations privilégiées avec ses partenaires européens, la Catalogne risque d’avoir des difficultés à s’imposer sur le continent. Même si les intérêts économiques des entreprises dans cette région vont probablement se moquer du désaveu de la Catalogne par leurs États respectifs, il reste cruciale pour la Catalogne de s’assurer du soutien de l’Europe et de lancer un processus d’indépendance en bon terme avec l’Espagne.

   L’Espagne n’a pas beaucoup de cartes à jouer non plus. Utiliser la force risquerait de crisper davantage la population, de se mettre à dos les pays européens, et pourrait même pousser l’Europe à sortir de sa neutralité pour atteinte au droit de l’homme ou à la démocratie. L’arsenal législatif, soit l’article 155 de la Constitution Espagnol, permettant au gouvernement Espagnol de prendre le contrôle de la Catalogne, pourrait être une solution envisageable pour Rajoy. Cependant le pouvoir de l’État étant déjà largement remis en question il n’est pas insensé d’imaginer que la population ou les dirigeants catalans opposent une résistance farouche et transgressent cette loi. Cet outil juridique n’aura alors pas de réel effet, mise à part de tendre les négociations et de fragiliser les espoirs d’arriver à un compromis pacifique.

   Ainsi même si l’Europe assume une neutralité face à la situation, il semble que sa position est déterminante pour trancher le conflit. Avec l’Europe la Catalogne est tout, sans elle ne pourra rien.

 

Léa Socheleau

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