Quand on arrive au Mirail, on a l’impression d’arriver dans un autre monde. Loin du gentil blocus organisé à Sciences Po Toulouse ce jeudi 3 mai. Tenu de 8h à 12h30, il était surtout symbolique, en solidarité avec la fac Jean-Jaurès et la décision du tribunal administratif.  Suite à une plainte du syndicat l’UNI, il a demandé à l’administrateur provisoire Michel Laganier de procéder à l’évacuation du campus, occupé depuis début mars.

Depuis le 6 mars exactement.

« On était en cours et puis là y’a un prof qui est arrivé. Il nous a dit qu’il fallait partir avant qu’on soit bloqué à l’intérieur des classes. On est sorti. Les bloqueurs étaient en train d’empiler des chaises et des tables pour bloquer la fac. » nous raconte Gautier, étudiant en L1 de Géographie. A ce moment-là, Gautier n’est pas vraiment surpris. Même s’il la suit de loin, la mobilisation au Mirail est omniprésente et particulièrement forte cette année. En effet, suite au projet de fusion du directeur de l’université fédérale, Philippe Raimbault, une consultation avait été organisée le 6 et 7 décembre par les syndicats étudiants afin de demander l’avis des premiers concernés, les étudiants et le personnel.

Le projet de fusion

Ce projet avait pour but de rassembler au sein d’une même organisation l’université de Paul Sabatier, deux écoles d’ingénieurs, INSA et INSEP et l’université Jean Jaurès afin de les faire rentrer dans l’IDEX, un classement international des grandes écoles d’études supérieures. Un projet contre lequel se positionnaient la plupart des syndicats sur le Mirail et notamment le majoritaire, l’Union des Etudiants Toulousains. En effet, ils avançaient que cette fusion aurait eu pour conséquence des doublons de personnels donc des licenciements tout comme une réduction du budget alloué au campus du Mirail. 94% des étudiants (participation de 53%) et 62% du personnel (participation de 14%) ont voté non.

Un passage en force pas très démocratique

Un vote devait ensuite avoir lieu au sein du Conseil d’Administration. Sûrs du résultat de la consultation, les représentants se sont présentés à la réunion. C’est alors que les problèmes commencent. Selon l’UET, le CA s’est très mal déroulé, les élus étudiants et représentants du personnel n’ont pas pu exprimé leurs point de vue, le vote s’est déroulé en présence de personnes extérieures non-invitées au CA et surtout, suite à la parfaite égalité des voix, le directeur de l’université à cette époque, M. Lacroix a décidé de faire jouer sa voix prépondérante et de trancher le vote en soutenant le projet de fusion. Absolu stupeur de l’inter-syndicale. En effet, en janvier de la même année, le directeur avait promis de soutenir le choix des étudiants et des représentants quoi que le résultat du vote soit. Une promesse qu’il a occultée lors de ce CA provoquant la colère des étudiants.

 

Le début de la mobilisation

Face à ce qui est présenté comme un passage en force, la mobilisation commence. Grève de la plupart du personnels de la faculté qui a pour conséquence une fermeture des BU, convocations d’AG du personnels comme des étudiants, journées de blocus, manifestation devant l’université fédérale. Daniel Lacroix vient s’expliquer devant une AG étudiante, une délégation est reçue à l’université fédérale mais le dialogue ne s’instaure pas, chaque camp restant fixé sur ses positions. Surtout qu’entre temps le projet de la loi ORE arrive. Les attendus doivent être déterminés dans chaque faculté dont celle de Jean Jaurès. Ces attendus, perçus comme un moyen d’instaurer une forme de sélection au sein de l’université, renforcent la mobilisation contre la direction de la faculté. Elle renforce la colère de la plupart des étudiants mobilisés, qui, face à l’impassibilité de la direction, décident de montrer leur contestation de manière plus forte. Le mardi 6 mars, en AG, les personnes présentes votent pour un blocus illimité. La fac est bloquée dès l’après-midi.

Le blocus illimité

Au Mirail, les AG se passent dans l’amphi principal, un ordre jour et un ordre de passage est défini avant de procéder au vote de chaque proposition

« Au début, on pensait que ça allait pas durer, un jour ou deux comme les blocus d’avant… et puis le blocus ne s’est jamais terminé » reprend Gautier « le pire c’est qu’en rentrant des vacances, on pensait que le mouvement était terminé, la BU avait même réouvert ! en fait non, pas du tout » plaisante-t-il non sans une pointe d’ironie. Le mouvement, lui, il l’a suivi de loin. Il recevait les tracts sans véritablement se sentir concerné. Alors le blocus est une vraie surprise. Il décide de se rendre aux AG, d’abord pour comprendre la mobilisation mais surtout pour voter contre le blocus. Même s’il comprend pour quoi se battent les bloqueurs, Gautier aimerait aussi beaucoup reprendre les cours « je sais pas, peut-être qu’on est pas assez politisé, enfin on a pas cours depuis deux mois quand même… ». Une position qui est exprimée de manière beaucoup plus virulente sur les réseaux sociaux. A coups de postes acides, de commentaires haineux et d’appels à la violence contre les bloqueurs, les anti-bloqueurs expriment toute leur rage sans pour autant se mobiliser pour débloquer l’université. Une véritable division semble s’être instaurée au sein des étudiants du Mirail.

Pourquoi bloquer ?

Le blocus est un moyen de lutte contesté, beaucoup y voit une mobilisation de force pour pas grand-chose. Les AG sont longues, très peu lisibles pour les personnes qui ne sont pas rompus à son fonctionnement et surtout très difficile à suivre. Organisée à l’extérieur quand il y a du monde, les conditions ne sont pas optimales. « En plus j’ai pas compris parce que d’abord c’était une mobilisation contre le projet de fusion et puis après y’a eu la loi ORE, je trouvé que c’était pas claire » poursuit Gautier. Il faut dire que les luttes convergent facilement au Mirail. Au-delà de la contestation étudiante, on retrouve d’autres mots d’ordre, notamment en soutien avec les cheminot.e.s ou contre la loi asile et immigration. Il faut dire aussi que les luttes ne manquent pas en ce moment. Cependant, le blocus est aussi présenté comme un moyen de se réapproprier un lieu, d’organiser une mobilisation et de permettre le débat à travers les AG quand celles-ci se passent bien.

Face à l’intervention policière, la fin de la mobilisation au Mirail ?

Le bâtiment de la BU centrale du Mirail

Des AG, Gautier en a fait 4 avant de laisser tomber. « La dernière, on a reçu un mail d’un prof pour nous dire qu’il fallait y aller pour voter contre le blocus, que c’était important de se bouger. J’y suis allé mais y’avait pas plus de monde que ça ». 500 votent contre et 1000 votent pour sa poursuite. Vous trouvez cette mobilisation importante ? Sur une fac de 30 000 étudiants, c’est dérisoire. Face à l’intervention policière de ce matin, une semaine après la décision du TA, le principal enjeu semble être celui de la poursuite du mouvement. Même sans l’occupation de la fac, les différents étudiants mobilisés ne veulent pas que la lutte s’essouffle. Leur prochain objectif pour marquer le coup concerne les examens. « Pas question qu’il y ait une mobilisation tout le semestre si c’est pour passer nos examens à la fin, on acceptera pas ce chantage! » lance un étudiant mobilisé lors de la dernière AG, ce jeudi 3 mai. Un professeur de psychologie propose même de mettre 16 à tout le monde. Le département de sociologie a déjà voté la grève des examens. La prochaine AG est maintenue à 12h30 à la gare, un rassemblement est prévu ce soir à 18h devant la préfecture.

Aurélie Loek

One thought on “Le Mirail, encore et toujours en lutte”

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