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♦ 10 octobre 2017, 19h51 :

Un goût de cendres dans la bouche. Des larmes de braise sur les joues. Le quotidien écartèle mes intentions les plus pures et, seule, j’avance à coups de cris déchirants. L’alarme retentit, stridente. Mes muscles se crispent. Lentement, je sens le désespoir s’emparer de mes dernières joies. Elle était d’une beauté redoutable, elle m’a imprégnée, marquée puis délaissée. Il était d’une sagesse sans pareille, il m’a imprégnée, marquée puis délaissée. Mon monde entier s’écroule tandis que l’humanité fourmille et s’agite. Je pleure mon cœur arraché. Les abysses m’ont attirée là où le soleil ne se lève jamais et là où le ciel est lourd d’âmes damnées. Je respire des souvenirs enfumés, parfumés à l’essence de nos remords conjugués. Je tenais à elle, à lui, à eux. Mais le feu s’est éteint et je n’aspire plus qu’à sombrer. Telle une poupée désarticulée, je marche mécaniquement avec ce qu’il me reste de lueur. Pourtant, au fond de moi, je suis convaincue que les ténèbres ne vont pas tarder à me laisser perdue, désarmée, en face à face avec mes propres démons. Il est une heure où l’ignominie règne en maître sur mes terres. Il est désormais temps d’essouffler mon dessein ; je me complais dans l’horreur et dans l’infâme. Ma fin ne sera pas vaine, elle sera virtuose.

 

♦ 18 octobre 2017, 20h33 :

Les muscles ankylosés par la colère et l’épuisement. Je trouve un temps pour me poser en bord de canal. Les voitures chantent la mélodie de la cacophonie tandis que les oiseaux dansent leurs dernières farandoles avant une migration forcée. Le soleil s’est déjà retranché dans de nouveaux pays et désormais, seuls les nuages sombres me contemplent. Les reflets dans l’eau sont ceux des réverbères et des immeubles décharnés de toute vie. C’est une pâle peinture des jours perdus. Le temps avance impassiblement vers un avenir désolé. L’amère solitude semble être devenue l’ultime issue. Mes paupières sont lourdes de désespoir, mon cœur se ralentit à mesure que les dernières lumières s’éteignent. Les rares courageux qui courent encore paraissent toujours aussi ignorants de la vague étouffante qui nous menace. Ils ignorent le sacrifice de nos existences désuètes, ils ignorent le sens caché de nos désirs de carnation, ils ignorent les plus belles laideurs de leur propre apathie. Mais peu importe. Il se fait tard et, dans un profond malaise, je me laisse aller à de nouvelles élucubrations. Demain ne sera pas meilleur, ni plus facile. Il nous fera simplement revivre une fois encore nos rancœurs et nos douleurs. Les poings fermés, les ongles déchirant la paume de mes mains, je m’entraîne dans de froids décors. Les reflets dans l’eau crient leur agonie et je pleure mon hystérie. Si l’enfer était réel, j’en serais l’illustre gardien déchu. Et si tu pouvais m’entendre, je te noierais à mes supplices, tendrement.

 

 

PEDROSA Célia

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