L’année 2018 est terminée, et après les coupes de champagne et la gueule de bois pour le premier matin de 2019, il est temps de regarder un peu en arrière. Qu’a valu cette année 2018 pour le cinéma ? Entre gros gadins, déceptions, mensonges et gros succès parfois inattendu, cette année 2018 a plutôt été riche, dans tous les sens du terme. Et ensuite, quels films attendre en 2019 ?

Avant de parler du bon, parlons de ce qui pique. Les gadins, les flops, les déceptions de cette année. Il est peut-être nécessaire de préciser que cet article est personnel (comme toute critique en général…) donc il est presque certain que vous ne soyez pas ou peu d’accord à un moment donné. Et non, on ne parlera pas de 50 Shades ni de Pacific Rim Uprising, leurs cas étaient impossibles à sauver de base.

On commence par les gros gadins, ceux qui font mal, ceux en qui on croyait pour qu’au final on ait un pétard mouillé. Côté biopic/comédie musicale, The Greatest Showman et Bohemian Rhapsody font figure d’exemple, travestissant la réalité au possible, projets remplis au départ de bonnes intentions mais dont les réécritures et les déboires en ont fait des produits fades, oubliables et parfois dangereux ou offensants. The Disaster Artist se place lui plutôt dans la catégorie « Mouais », un film pas mauvais mais qui ne laisse pas d’empreintes importante, en tout cas moins que The Room de Wiseau, dont il « traite » la création. Jurassic World : Fallen Kingdom, a peiné à convaincre tandis que Solo est allé se planter tranquillement dans son coin, trop fun pour certains puristes de Star Wars.

Côté gadin, on retrouve aussi The Predator, de Shane Black (Iron Man 3, The Nice Guys), qui tente de trouver une identité dans une licence marquée par le premier Predator de McTiernan qui avait opéré un changement dans le cinéma d’action, à l’image de son réalisateur. Un joli gadin de Black, qui offre tout de même quelques moments de bravoure. First Man a rapidement suivi qui, malgré sa sublime scène sur la Lune, peine à convaincre et laisse sur sa faim. Plus tôt dans l’année, Call me by your Name avait valu aussi son pesant de déception, promettant une vraie romance homosexuelle pour que celle-ci soit presque niée, les deux acteurs ayant fait signé un contrat stipulant aucune scène de nu et « osées ». Contrairement à Love Simon qui, bien qu’étant dans la moyenne, assumait plus son propos. Et ce film a gagné l’Oscar du meilleur scénario adapté…

Côté box-office, Le Grand Jeu n’a su convaincre malgré son casting porté par Jessica Chastain et Aaron Sorkin à la réalisation, scénariste de The Social Network. Horse Soldiers s’est aussi bien planté, malgré la présence de Chris Hemsworth au casting.

Et niveau cinéma français, on a aussi eu notre lot de films à la qualité douteuse. Entre Les Aventures de Spirou et Fantasio et Gaston Lagaffe qui montre qu’on aime faire du mal aux BD en France, Normandie Nue qui est le film dramatique cliché français de l’année, LA Ch’tite Famille qui tente de jouer sur le succès de Bienvenue chez les Ch’tis, Taxi 5 qui ne retrouve pas le fun des premiers Taxi, Love Addict et Alad’2 mais là c’est mon ressenti personnel envers Kev Adams (donc ils comptent pas vraiment dans les flops).

Aux plantages complets, on peut rajouter Johnny English 3 (quelqu’un avait demandé une suite ?), Robin Hood (désolé Taron…), Millenium 4, qui malgré des visuels intéressants peine à faire monter sa sauce, Jean Christophe et Winnie et Casse-Noisette de Disney, trop enfantins et trop simplistes, et Le Flic de Belleville avec Omar Sy.

Et quelle n’a pas été ma plus grosse déception de cette année que de voir Spielberg ne plus arriver à me faire rêver ? L’an dernier, Justice League « de Snyder » me décevait surtout par rapport à ce qui arrivait à l’un de mes réalisateurs préférés, mais là Spielberg m’a déçu. Deux fois.

The Post manquait de percutant, manquait de ce petit plus qui nous fait entrer dans l’histoire. Peut-être aurait-il fallu se concentrer plus sur l’histoire des Pentagon Papers que sur la survie d’un journal qui n’a même pas été le premier à les révéler. Ce choix est d’ailleurs assez improbable quand on suit l’histoire. Parce que c’était le premier journal dirigé par une femme ? Il aurait mieux fallu faire un biopic entier sur sa vie que sur cet instant où elle a juste décidé de suivre le New-York Times, surtout vu les coups d’éclats qu’elle a fait plus tard (dont le Watergate). Et ce malgré la réalisation toujours incroyable de Spielberg et les prestations de Tom Hanks et Meryl Streep.

Mais surtout, il y a eu Ready Player One, ou « T’aimes les années 80 ? Bah tiens, voilà deux heures de nostalgie non-stop ». Ce film est un doudou vide. Un doudou nostalgique qui dépasse rarement les années 80 (outre Hallo, Lara Croft et Overwatch, quasiment tout vient des années 80), sous-entendant un postulat qui me plait que trop peu, à savoir que le passé, c’était mieux, surtout les années 80. Des personnages moins épais qu’une feuille de papier (entre le codeur de jeux-vidéos qui détestent les codes, le gentil qui tombe amoureux d’une personne qu’il connaît depuis 2 heures, un méchant qui se rend compte que c’est pas bien d’être méchant à la fin), un scénario entier tenant sur un post-it (et encore), une histoire sans intérêt déjà vue des milliers de fois avant, une utilisation sans intérêt de la pop-culture et des incohérences au sein même de l’univers, une réalisation fade digne d’un yes-man. Tout cela fait un doudou d’un vide abyssal sans intérêt. Peut-être est-il bon dans le fait que le cinéma adoube le jeu-vidéo, mais Tron, Tron Legacy, Assassin’s Creed, les Wachowski et le cinéma depuis 2000 étaient déjà passé par là. Il n’y a que les quinze premières minutes qui peuvent valoir le coût, surtout en 3D (cette explosion lors de la mise des lunettes et du passage dans le tunnel formé par les lettres de l’Oasis). Bref, un ratage total de la part d’un des plus grand, ça fait mal et peur même. Vu le succès du film, difficile de croire qu’Hollywood va arrêter de verser dans la nostalgie bête, débile voire malsaine, ne serait-ce que pour la création de base.

De jolis plantages donc, agrémentés de déceptions parfois assez fortes et un cinéma français qui semble continuer à creuser sa tombe

Mais outre ce qui fait mal, il y aussi eu du bon, même dans le cinéma français. Car cette année 2018 a bien été la preuve que oui, on peut faire du cinéma créatif et ambitieux en France sans s’appeler Besson ou Gans. Déjà, L’Empereur de Paris est une anomalie dans le cinéma français. Un film produit par Gaumont ambitieux avec du budget, Cassel, qui pourtant sortait de Fleuve Noir, parfait dans le rôle-titre et par Richet, qui avait fait le diptyque sur Mesrine, il y avait de quoi saliver, et le film ne déçoit pas. Dans la Brume, bien que réalisé par le québécois Roby avec Duris et Kurylenko, a été l’une des meilleures surprises de cette année, un film tendu, ambitieux, tourné à Paris et avec une réalisation léchée.

Et en parlant de Paris, impossible de ne pas penser à Mission Impossible Fallout de McQuarrie. Comment passer à côté de cette perle d’action incroyablement filmée, bien écrite et bien jouée ? Il est impossible pour une personne un tant soit peu attirée par l’action d’avoir loupé MI6 qui est la seule franchise actuelle, avec Harry Potter – Fantastic Beasts, à rester au top depuis maintenant 20 ans et à faire le meilleur film de sa saga. Et pourquoi seuls les américains savent filmer Paris ? Le film utilise chaque recoin, chaque architecture, chaque passerelle, pont, tunnel, place pour offrir des images qui impriment la rétine tout en restant cohérent et bon. A quand un film français qui utilisera aussi bien l’architecture de la capitale ?

Autre surprise de l’année, Les Indestructibles 2 de Brad Bird. 14 ans après le premier, la suite faisait peur, surtout à l’heure où Hollywood joue sur une nostalgie malsaine comme dit précédemment. Mais le film est un excellent cru de Pixar. Les textures, l’histoire, le fun, l’inventivité. Cela donne encore plus envie de voir les suites prévues par Pixar qui semble s’être relancé depuis Inside-Out. Et, pour la première fois depuis longtemps, Marvel n’a pas sorti de film décevant. Ant-Man and The Wasp remplit son rôle de film « remplissage » oublié dès la sortie et fun sur le moment, Infinity War n’a aucunement déçu, tenu ses promesses et offert de belles surprises, même si on sait très bien que certaines morts comptent pour zéro. Mais surtout Black Panther a marqué le retour de quelque chose qu’on pensait perdu dans le MCU (Marvel Cinematic Universe) : la créativité d’un auteur. Les frères Russo ne sont pas les maîtres d’Infitiny War (comment le pourraient-ils ?) mais Coogler a signé un film éminemment personnel, fort, traitant de sujets puissants et importants tels que l’exclusion sociale (thème récurrent chez Coogler), la place de l’Afrique dans le monde et a illustré à quel point les actes ont des conséquences. Le tout avec des personnages forts aussi bien masculins que féminins, des visuels recherchés, un scénario avec des enjeux et qui tient. Si le box-office a désigné Infinity War roi, Black Panther restera comme un des meilleurs Marvel et est le Marvel de cette année.

Côté bonnes surprises, il y a bien sûr Deadpool 2 qui réussit à être aussi débilement joyeux que le premier (avec du budget en plus), A Quiet Place de Krasinski est aussi la bonne surprise terrifique aux côtés d’Hérédité. American Nightmare 4 et Rampage eux se rangent dans les plaisirs coupables, avec The Meg (en même temps, un mégalodon géant face à Statham, comment ne pas aimer ?).

Venom, après moultes péripéties, réussit tout de même à convaincre. Tout comme The Crimes of Grindelwald, dixième film de la franchise créée par Rowling, qui atteint toujours des niveaux assez dingues, à croire que cette franchise ne donnera aucun film mauvais. Et la fin de l’année a marqué avec Mortal Engines et Aquaman, deux blockbusters aux univers visuels assumés et apportant un joli vent de fraîcheur bienvenue dans leurs deux styles respectifs.

 

Et quant à la surprise folle, A Star is Born l’a clairement été. La prestation incroyable de Lady Gaga, aussi bien au chant qu’au niveau du jeu, la réalisation aux petits oignons de Cooper qui était une première pour lui, ces chansons durant tout le film, cette dernière chanson qui a été le dernier coup fatal à mon cœur déjà malmené. Un chef d’œuvre, un des chefs d’œuvre de cette décennie aux côtés de Fury Road, Gravity, Interstellar ou encore LaLaLand. Impossible de penser qu’il ne gagnera aucun Oscar, ou alors l’Académie n’a ni d’yeux ni de cœur.

Et pour 2019 ? Déjà, Disney ne va pas pouvoir se plaindre de manquer de budget avec la sortie de 11 films dont Toy Story 4, The Lion King, Star Wars 9, Avengers Endgame, Aladdin, Dumbo, Captain Marvel ou encore Ralph 2.0 et Frozen 2. Ensuite, Dragon vient achever sa trilogie avec Dragons 3, Lego rempile pour une grande aventure mais sans Phil Lord et Chris Miller, After vient remplacer 50 Shades. Surtout M. Night Shyamalan prouve qu’il est définitivement revenu de l’au-delà avec Glass, suite d’Umbreakable et Split. Et en plus, Detective Pikachu, aka la plus grande prise de coke depuis des lustres pour l’idée et faire jouer Pikachu, soit la créature la plus mignonne jamais créée, par Ryan Reynolds, à savoir le scénariste, producteur et acteur de Deadpool…   DC va essayer de continuer sur sa relancée post-Snyder avec Shazam, Joker et Wonder Woman 2. Quant au cinéma francophone, le Chant du Loup s’annonce comme une proposition d’immersion dingue tandis qu’on nous resserre Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu, phrase qu’on se demande dès l’annonce du projet.

2019 risque d’être une année à rebondissements, entre échecs, surprises et bons films, une année remplie. Il y aura encore de quoi parler de cinéma.

Raphaël Caillet-Motte

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