Akira… ce nom vous dit peut-être quelque chose, comme un mot lointain que vous auriez entendu quelque part sans trop savoir ce dont il s’agit.Ou alors vous faîtes partie de ceux n’ayant jamais entendu parler de ce film, ce qui est fort probable. Si vous savez au contraire quel est ce film, certainement faîtes-vous partie de ceux adorant le cinéma japonais, et notamment son cinéma d’animation. Vous savez que les séries d’animation comme Dragon Ball, Goldorak ou Albator sont entrées dans les mœurs occidentales par l’émission le Club Dorothée ou la chaîne 4Kids aux États-Unis. Vous vous demandez peut-être d’où sont venus tous les films d’animation japonais alors qu’auparavant, aucun ne sortait en France. Quel a été l’élément déclencheur qui nous a amené des chefs d’œuvres aussi divers que Ghost in the Shell ou Your Name ? Tout débuta en l’an de grâce 1988 avec Akira de Katsuhiro Otomo.

Et ce qui différencie Akira du reste des adaptations alors sorties, c’est que Katsuhiro Otomo est l’auteur du manga original, Akira. Otomo voulait contrôler parfaitement l’adaptation de son manga, qui était alors encore en cours de parution et non fini. Bien que se basant sur la même histoire avec les mêmes personnages, Otomo mène un vrai travail d’adaptation pour que le film d’animation ait une identité propre et ne soit pas qu’une pâle copie. Et Otomo a une grande ambition pour son film.

Alors que l’industrie se contente d’une animation limitée pour coûter le moins cher possible, Otomo veut une animation fluide pour son film afin de l’ancrer toujours plus dans le réel. Aussi, l’utilisation d’images numériques pour les besoins de certaines scènes parfait l’univers d’Akira. Après de longues négociations face à des studios frileux face au projet ambitieux, Tokyo Movie Shinsha accepte de financer le projet pour un budget de 11 millions de dollars, autant dire du jamais vu pour ce type de film.

Et déjà, le film franchit un cap. Jamais une animation japonaise n’avait semblé si fluide, si réaliste. Même les films tournés par rotoscopie (la retranscription en animation d’images déjà tournées) n’atteignaient que rarement un tel rendu. Le scénario du film renforce la puissance visuelle. Très rigoureux, Otomo illustre ainsi la différence entre un réalisateur “banal” et un “bon” réalisateur. Un réalisateur banal ne va que vous faire comprendre qu’un personnage est méchant, tandis qu’un bon réalisateur va vous faire comprendre pourquoi ce personnage et méchant, voire va même vous faire attacher à lui. Et l’antagoniste d’Akira est aussi un des personnages principaux: Testuo.

Juillet 1988, Tokyo est entièrement détruit par une arme d’un tout nouveau genre. Trente-et-un an et une Troisième Guerre mondiale plus tard, nous suivons la vie de Kaneda et Tetsuo dans Neo-Tokyo. Adolescents vivant dans la précarité, ils s’amusent dans la guerre de gangs qui sévit à Neo-Tokyo, où ceux-ci se battent dans des courses illégales de motos dans la ville, causant dommages et morts. Dans le même temps, le gouvernement dictatorial mène un projet secret pour percer le mystère Akira afin de protéger définitivement la ville de ce phénomène qui l’a rasée en 1988. Après un grave accident durant une rixe entre gangs, Tetsuo sera utilisé par le gouvernement pour mener ces recherches mais ce dernier développera des pouvoirs proche de ceux d’Akira. Dans le même temps, la dictature est contestée par une révolution qu’il tente de réprimer avec l’armée, et Tetsuo va décider de se venger de ce monde qui le rejette.

Faisant référence au traumatisme des bombes atomiques, aux tensions qui parcouraient l’Europe communiste alors via la thématique de la jeunesse dans une société totalitaire, aux dangers des nouvelles technologies et du transhumanisme,  la volonté de l’Homme de tout comprendre et tout contrôler, questionnant la notion de bien commun, anti-dictatorial sans pour autant oublier de rappeler à quel point le peuple est manipulable par n’importe qui (ou n’importe quoi), Akira se démarque par tous ces aspects plus ou moins explicites, préférant laisser le spectateur acheminer sa propre réflexion plutôt que de lui amener une réponse toute faite. Le spectateur du film doit regarder, écouter, réfléchir devant ce film. Il est acteur de la réflexion proposée par Akira et non un simple réceptacle d’une morale toute faite. Sombre, touchant, explosif, calme, intemporel, unique, autant de qualificatifs sont nécessaire pour définir en partie Akira, à savoir un ovni cinématographique.

Malgré le fait que peu de salles l’aient projeté à sa sortie en Occident, Akira marque, Akira innove, Akira ose démontrer tout le savoir-faire des animateurs japonais. Et ouvre ainsi les portes du cinéma occidental pour le reste de l’animation japonaise. Ainsi seront remis au goût du jour Nausicaa ou la Vallée du Vent (1986) ou le Château dans le Ciel (1988) de Miyazaki. Et c’est en partie grâce à Akira que Disney se décidera à acquérir les droits de diffusion des films du studio Ghibli comme Princesse Mononoke, le Tombeau des Lucioles, et aussi aux autres chefs d’œuvres japonais d’être diffusés à l’international comme Ghost in The Shell de Mamoru Oshii ou le récent Your Name de Makoto Shinkai. C’est parce qu’Akira a marqué une révolution dans l’animation en général que vous pouvez voir tous ces films que vous trouvez souvent culte, sans pour autant avoir vu Akira.

Peut-être serait-il temps de laisser une chance à ce film qui vous a permis de vous faire rêver avec Totoro, philosopher avec Ghost in the Shell, pleurer avec Your Name ou Le Tombeau des Lucioles ou encore être émerveillé par Princesse Mononoke.

Peut-être est-il temps pour vous de regarder Akira.

Raphaël Caillet-Motte

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