Un film sur Apollo 11, la plus grande mission que l’humanité n’est jamais faite. 380 000 kilomètres aller, 380 000 kilomètres retour, 8 jours dans l’espace à l’époque où le téléphone était encore à cadran. On pourrait penser qu’une telle mission aurait été adaptée rapidement par Hollywood et pourtant, à part quelques documentaires, jamais Hollywood n’a adapté la mission lunaire la plus célèbre. Ron Howard avait adapté la mission Apollo 13 en 1995 et c’est tout. First Man était attendu, surtout avec les nouvelles technologies permettant de recréer aisément les conditions de l’espace. Surtout que ne connaissant pas le cinéma de Damien Chazelle (La La Land, Whilplash), je m’attendais à le découvrir comme j’ai découvert Denis Villeneuve avec la claque Blade Runner 2049. Ajoutez à cela le fait que je suis un fan absolu d’astronomie, que j’ai pris ma place dans la salle Dolby (quitte à se faire plaisir autant y aller à fond) et vous vous figurez la hauteur de mes attentes, très haute pour ce film.

Alors que vaut ce film ? Et bah c’est un bon meh… Je m’explique.

Le film n’est pas mauvais, il est même plutôt bon. Mais il y trop d’incohérences dans la forme qui empêchent d’en faire un grand film, ce qu’on attendrait d’un film de ce calibre. Pourtant ça commençait bien. On débute sur une mission en avion supersonique de Neil Armstrong, et l’immersion qu’offre cette scène est grandiose. Prenante, tendue, une très bonne scène d’introduction. On enchaîne sur la vie personnelle d’Armstrong et on débute notre aventure qui mènera à la mission Apollo 11. Et le film s’enfonce peu à peu dans le meh, dans le normal. Et cela est dû à trop grosses incohérences sur la forme.

Le film a été tourné en pellicule, ce qui peut être une bonne façon d’immerger le spectateur dans l’époque. Sauf que maintenant les pellicules sont scannées ensuite donc le résultat peut être étrange. En effet, l’image est clair mais les plans peuvent être flous car les viseurs sont moins précis qu’en numérique. Ce qui fait que parfois on a des plans assez mal filmés, ce qui détonne quand on voit le reste du film qui est très bien réalisé. Et il serait temps de passer au numérique, parce que plusieurs gros films tournés en pellicule ont ce problème de mise au point flagrant (The Force Awaken, Ready Player One pour ne citer qu’eux).

Ensuite, et même si ça peut sembler secondaire, le film loupe son immersion dans les scènes spatiales. En effet, on passe de scènes totalement silencieuse à la Interstellar à des scènes où le son est aussi fort que dans Star Wars. Il faut faire un choix, et le film n’en fait pas. Pareil sur les effets spéciaux. Alors que tout le film est en tourné en réel, les effets numériques surtout utilisés en arrière-plan, on a pendant trente secondes un plan numérique immonde sur la Saturn V qui décolle. Et ce plan est d’autant plus immonde que le film utilise des images d’archives restaurées en très bonne définition. Dommage…

Et pourtant certains passages sont excellents dans ce film. Les scènes de décollage se passent dans le cockpit, ce qui offre une immersion totale. On en sort essoufflé, on arrive enfin à se détendre après. Que ce soit celle de Gemini qui se déroule entièrement du point de vue des astronautes, compressés par la vitesse comme l’ait le spectateur ou celle du départ de Saturn V, hormis les plans en CGI bien sûr. Et surtout le passage sur la Lune, le moment tant attendu, est parfait. Là, la scène est parfaite. Surtout le plan où la trappe s’ouvre, le bruit résonne dans la capsule encore pressurisé et le silence de l’espace tombe d’un coup. Et la scène devient autre chose, elle devient magique. Le descente de Neil Armstrong, ses mots devenus légendaires, les panoramiques sur la Lune et les astronautes foulant son sol. Seul le cinéma peut offrir de telles sensations, seul le cinéma peut offrir une telle immersion, seul le cinéma peut nous faire voyager si loin. Cette scène est une leçon de cinéma, et le film se devait d’exister que pour elle. Elle est parfaite, a ceci près qu’elle ne dure que 5 minutes sur un film de 2 heures 20…

Peut-être le projet était-il trop gros pour Damien Chazelle, qui sortait à peine de La La Land. Peut être mais-je trop attendu ce film toute ma vie. Surement même. Mais au final, il en ressort queFirst Man de Chazelle est un film normal, et j’attendais plus qu’un film normal sur la mission Apollo 11. Au final, Apollo 13, L’Étoffe des Héros et The Spacewalker resteront les meilleurs films sur des missions spatiales. First Man aurait dû en faire partie, seule ses scènes de décollage et sur la Lune resteront comme des leçons de maître.

 

Raphaël Caillet-Motte

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