Une respiration, un souffle, un prénom : Lara. Puis une image, celle d’un frère chuchotant à l’oreille de sa sœur pour qu’elle se réveille, sa sœur enfermée dans un corps d’homme. Girl est un film sur le parcours de vie de Lara, née dans un corps d’homme, qui commence sa transition alors qu’elle est acceptée dans une des meilleures écoles de danse du pays. On la suit avec sa famille dans ce moment particulier de sa vie, celui où elle commence à devenir elle, aussi bien psychologiquement que physiquement. Après avoir gagné le Prix d’interprétation pour Victor Polster, qui joue Lara, et la Caméra d’Or, qui récompense le meilleur premier film, pour Lukas Dhont à Cannes, le film vient de débarquer sur les écrans.

Le film est très bien réalisé, notamment les séquences de danse parfois en plan séquence dans une salle remplie de miroirs, une lumière naturelle malgré tout travaillée notamment avec les différences entre les couchers de Soleil lumineux et les lumières ternes entourant Lara lors de ses moments de tourments. La performance de Polster est sublime, tout comme celle de Arieh Worthalter dans le rôle du père.

Le film a fait polémique en faisant jouer par un acteur masculin le rôle d’une femme transgenre. Il est certes dommage qu’Hollywood ou le cinéma européen ne fasse pas jouer tant d’acteurs ou d’actrices transgenres, tout comme la problématique du whitewashing. Mais comme à chaque fois, il faut voir le contexte du film. Si dans le remake de Ghost in the Shell, Scarlett Johanson joue le rôle originellement joué par une femme japonaise, c’est parce que le film met en image tout son message sur les dangers de l’occidentalisation, des nouvelles technologies, de la question de ce qui fait l’être humain (son âme ou son corps ?). Et Girl n’y fait pas défaut, le film parle de la transition de Lara alors qu’elle ne l’a pas encore commencé, elle a encore son sexe masculin, qu’elle cache avec des sparadraps causant d’importantes infections. Lara n’a pas le contrôle de son corps, elle n’est pas encore totalement elle. D’où le choix d’un acteur masculin, car ça met en image l’origine de tous les tourments que Lara a durant le film.

Mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser à un autre film durant le visionnage de Girl, Stonewall de Roland Emmerich, notamment sur le côté polémique. Stonewall raconte l’histoire fictive de Dany, un jeune homosexuel qui se fait chasser de chez lui, atterrit à New-York et sera à l’origine des émeutes de Stonewall, émeutes qui donneront naissance à la Pride. Là aussi, le film avait fait polémique, surtout dans le milieu LGBT+, parce que le héros est un homme blanc cisgenre, oubliant tous les autres personnages de toutes les origines, tous les âges, toutes les sexualités, et oubliant que Roland Emmerich est lui-même gay, un des rares d’ailleurs à Hollywood avec les Wachowski qui sont transgenres.

Mais pourquoi ce parallèle entre 2 films qui n’ont pas l’air d’avoir grand-chose en commun ?

Parce que ces deux sont, je pense, essentiels à voir. Ce ne sont pas les meilleurs films jamais réalisés, ce ne sont pas d’incroyables chefs d’œuvres, mais ils sont bons et surtout essentiels pour comprendre. Comprendre pourquoi c’est dur de faire son coming-out, même encore aujourd’hui, comprendre pourquoi c’est encore compliqué de vivre comme on aimerait, pourquoi certaines remarques peuvent être blessantes et méchantes sans qu’on ne le souhaite.

Oui, ces deux films ont des défauts. Stonewall se perd un peu au milieu du second acte et Girl a parfois quelques soucis de compréhension et un côté brouillon propre aux premières réalisations, contrairement à Emmerich qui avait déjà 30 ans de carrières et de succès (Stargate, Independance Day, The Patriot, Anonymous, 2012). Oui, ces films auraient pu être meilleurs.

Mais pourtant, l’un comme l’autre, ils sont importants, importants pour tous ceux qui se posent des questions, tous ceux qui ne savent pas ou pas entièrement. Et enfin, ils sont importants car ils montrent ce que c’est de vouloir vivre quand on nous rejette, comprend pas, nous dévisage. Alors que les violences LGBTphobes augmentent dans le pays, ces deux films sont essentiels.

Alors allez voir Girl puis Stonewall. Et soyons tous fiers de qui nous sommes, qui que nous soyons.

Raphaël Caillet-Motte

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