Venom… Comment ce film pouvait-il faire autrement que nous hyper ? Malgré les claques BvS de Snyder et Logan de Mangold, les films de super-héros restent tous publics, sans réels enjeux et ne servant aucune vision si ce n’est rapporter encore plus que l’épisode précédent. Alors l’annonce d’un film tourné vers l’horreur sur Venom, symbiote extra-terrestre parasitant des humains tout en les dévorant de l’intérieur, joué par Tom Hardy face à Riz Ahmed, le tout en R-Rated (interdit aux -17 ans sans majeurs aux USA, l’équivalent d’un -16 ans en France), ça avait de quoi faire saliver. Surtout quand Fleischer (Bienvenue à Zombieland) annonce vouloir faire le film le plus sombre et violent, plus que Logan, de l’univers Marvel, aucunement destiné pour les enfants, revendiquant les influences de Carpenter (Halloween, The Thing,…) ajoutait un soupçon d’excitation à toute celle déjà présente. Sauf que tout changea le 10 Août dernier. Sony annonce, à deux mois de la sortie du film, vouloir en faire un film PG-13, tout public, alors que tout le projet a été tourné vers un public majeur depuis au moins 2 ans. Tout le film doit être remonté, des scènes retournées ou aseptisées, Tom Hardy parle de 30 à 40 minutes de scènes coupées par le studio. Détenant les droits de Spider-Man, Sony sait que Marvel ne le laissera faire des cross-overs que si les films Sony sont tout publics, pas vraiment le propre de Venom.

Et ainsi ressurgit du fond des ténèbres un film, un film qui, pensait-on, avait servi d’exemple ultime pour les studios, un film de producteurs fait pour un plus grand public qui a presque fait couler tout son univers cinématographique : Justice League de Snyder/Whedon/WarnerBros/DC. Snyder avait pour projet cinq films ancrés dans le réel, sombres et politiques, questionnant les valeurs portées par Superman et le monde d’aujourd’hui, questionnant l’Homme et sa faiblesse alors qu’il se croit tout puissant. Seulement, deux films plus tard, Snyder quitte Justice League pour un drame familial, Whedon (Avengers) le remplace mais se fait broyer par Warner Bros qui décide d’en faire son film après avoir été déçu par la vision de Snyder. Et le film se plante, méchamment, au box-office, et face aux critiques des spectateurs et professionnels, tout le monde est déçu de voir un sous-Marvel. Parce que le studio a décidé d’en faire un film tout public sans originalité, fade et juste divertissant. Comment ne pas repenser à Justice League quand on voit les décisions prises au dernier moment par Sony ?

Est-ce que le film est un naufrage, un carnage, le « nouveau Catwoman » selon certaines critiques ? Clairement non. Mais clairement, on devait avoir un autre film. Et ça se sent. Alors qu’on commence sur une scène de crash de navette spatiale avec un symbiote qui infecte un astronaute puis une femme qui déambule la jambe facturée, l’os à l’air se brisant encore plus à chaque pas, dans la brume, on ne s’attend pas forcément à finir sur une scène où Venom traumatise un petit cambrioleur sans une seule goutte de sang… Et ce sentiment ne nous quitte pas durant tout le film. Tantôt on a des scènes d’horreur avec une sublime lumière, tantôt on a le « plan Marvel » dans lequel pas grand-chose ne se passe mais comme ça flashe de partout, ça divertit. Surtout que Tom Hardy s donne à fond, jouant Eddy Broc et Venom, notamment lors des dialogues schizophréniques entre les deux êtres coincés dans le même corps. Cet investissement explique aussi à quel point Hardy semble désintéressé de faire la promo du film…

Comment critiquer un film alors qu’on voit clairement que ce n’est pas ce qu’on était censé voir à l’origine ? C’est presque impossible, on est tiraillé entre les promesses, ce que semblait être le film original, ce que le studio en a fait, le bon, le mauvais, la spéculation, le fantasme, le réel.

Au final, le film est à l’image de son personnage, une fusion étrange entre deux volontés bien distinctes (un film d’horreur graphique et violent face à une volonté de studio de faire un film tout public) forcées à cohabiter ensemble dans un ensemble bancal et sur le fil. On sent vraiment la différence entre les scènes voulues par Hardy et Fleischer et celles décidées par les pontes de Sony. Est-ce que je peux vous conseiller ce film ? Oui, mais à la condition que vous n’attendiez rien de ce film qui promettait quelque chose de jamais vu, un film d’horreur avec un anti-héros cannibale, qui devient bon divertissement à la Marvel, rapidement oublié et remplacer par un autre.

La leçon Justice League n’a pas réellement suffi, mais les studios ont l’air d’avoir compris qu’ils ne peuvent pas refaire tout un film lorsqu’il est marqué par une vision d’auteur. Le bout du chemin serait de voir des studios laisser faire leurs auteurs. Espérons que New Mutants, un film de l’univers X-Men qui nous promet un huis-clos horrifique avec des mutants (et toutes les symboliques que ces personnages portent depuis les années 60), assume clairement ce qu’il veut faire, quitte à se viander. Mais lui, au moins, aura peut-être eu le culot d’oser.

Raphaël Caillet-Motte

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