J’ai des bribes d’amertume, par milliers et par millions. L’envol des saisons passées a laissé place à la déroutante sensation que nos nuits debout n’étaient qu’éphémères. Nos baisers, nos caresses, nos jouissances et nos plaisirs ? Sempiternels ! Nos émois, toi et moi ? Sempiternels !

Le ciel se morfond et crache ses pluies acides sur nos corps entrelacés. La rosée du matin se trouble de nos au revoir suspendus. Le temps lui-même semble nous soumettre à sa volonté et décime un à un nos tendres péchés. Nos embrassades, nos ratures, nos gémissements et nos lyrismes ? Sempiternels ! Nos émois, toi et moi ? Oh ! Sempiternels. L’Adieu est si proche. Le sens-tu fourmiller, phagocyter lentement nos dernières imprudences ?

J’ai ce vague à l’âme, ce goût de délitement injuste, cette terreur de te perdre. Pourtant si l’on en croit le droit équilibre de la vie, l’impureté foisonne la plus intense de mes intentions. J’apprends, attends, toi mon amante, que nos soupirs soient vains et que l’être aimant que je suis se libérera de cet écran de lin. L’amour me semble davantage sempiternel qu’éternel, soit.

Pour autant, je songe à me noyer dans tes bras, étouffer de mes attentes, saigner de tes larmes, souffrir à tes baisers volés, succomber au fantôme de nos corps pressés l’un contre l’autre – quitte à m’en écœurer de folie amoureuse – plutôt qu’imaginer un seul instant de ma vie sans toi, la tienne sans moi, nos émois sans toi ni moi.

PEDROSA Célia

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