Lundi 2 Octobre, le Métronum de Toulouse, petite salle intimiste d’une capacité de 500 places s’apprête à accueillir le temps d’une soirée un groupe illustre pour les amateurs de la scène musical Black Metal, Satyricon. Ce mouvement musical a connu une phase d’expansion forte à partir des années 1990. Il fût d’abord cantonné à quelques adeptes et passionnés en Norvège, dont la ville d’Oslo constitua le fer de lance de ce nouveau concept musical. Rapidement ce nouveau style de musique séduit par sa nouvelle approche du metal. En effet il se caractérise par une batterie et des riffs de guitare frénétique. La tonalité du chant hurlé est aussi plus aiguë. Enfin il se construit en opposition à l’évolution du metal de l’époque, notamment aux démonstrations ostentatoires de technicité musicale chez de nombreux groupes. Volontairement blasphématoire et choquant, le nihilisme, la souffrance ou encore le satanisme constituent les thèmes de prédilections de ce nouveau genre. Bien entendu aujourd’hui sa grande diversité, issu de son métissage avec d’autres styles de musique et de sa popularisation, ne permet pas de cantonner le Black Metal uniquement à ces thématiques. Ainsi il est aujourd’hui fréquent de voir des groupes de cette mouvance musicale partager la tête d’affiche des festivals de metal avec des groupes comme Iron Maiden ou Aerosmith à l’instar de Emperor en 2014 au Hellfest.

C’est pour présenter son huitième et dernier album, Deep Calleth Upon Deep, sorti le 22 septembre chez Nuclear Blast, que Satyricon est de passage à Toulouse, dans le cadre de sa tournée européenne. Le concert du groupe possède un caractère particulier pour deux raisons. Tout d’abord le groupe s’est formé en 1991 en Norvège et a participé à la définition musicale du style Black Metal avec ses premiers albums, dont le très reconnu Nemesis Divina sorti en 1996. Ensuite cette tournée est la première après la sortie de l’hôpital du multi-instrumentiste et compositeur du groupe (chanteur, bassiste, clavier et basse) Sigurd « Satyr » Wongraven. En effet il est atteint d’une tumeur difficilement opérable depuis 2015. C’est pourquoi ce nouvel album et cette tournée apparaissent comme une nouvelle étape pour le groupe qui sort de plusieurs années rendues difficiles par la maladie du chanteur. En effet Satyr estime que cet album constitue peut-être « le début de la fin »1 .Le groupe est accompagné par deux formations en première partie, Fight The Fight et Suicidal Angels.

Un début énergique en décalage avec un public quelque peu attentiste.

Dès 19H20, Fight the Fight commence à jouer. Durant une demi-heure le groupe délivre des morceaux rythmés et énergiques. Avec un style assez indéfinissable qui ne rentrent pas dans la catégorisation musicale classique du métal. En effet il se rapproche autant du Punk Rock, que du Metal progressif voir que du Metal extrême avec la voix hurlé du chanteur sur certains morceaux. Par ailleurs ce dernier alterne aussi avec un chant clair qui rappelle celui du groupe Mastodon, grand nom du Metal progressif. Avec des morceaux aux refrains entêtants comme Fight The Fight, et certains plus progressifs et brutaux comme Perfect Combination, le groupe a tout pour séduire le public. Or malgré un accueil chaleureux, la performance est ternie par le fait que le groupe Norvégien fait face à une salle quasiment vide, car la moitié des personnes sont encore accoudées au bar, ou en train de discuter dehors cigarette à la main.

Du Thrash Metal caractéristique et efficace

A 20H la salle commence à être remplie pour l’arrivée d’un groupe relativement connu dans la scène metal, Suicidal Angels. Pratiquant un Thrash Metal qui rend hommage par ses riffs rapides et destructeurs aux grands noms de la scène comme Slayer ou Kreator, la musique du groupe est propice aux pogos en tout genre. Il délivre une prestation de 45 minutes, avec peu de pauses et s’affaire avec beaucoup d’enthousiasme à réveiller le public, notamment avec des solos débordants de technicités, presque frénétiques. Le groupe présente son dernier album, Division of Blood dont l’énorme fond de scène représente la pochette dudit album, avec un ange squelettique et menaçant menant une troupe de squelette à la guerre. C’est précisément le titre du premier morceau du dernier album Capital Of War qui lance les hostilités. A travers les morceaux délivrés durant le concert, le groupe passe en revue sa discographie et conclu ce dernier par son célèbre morceau Apokathilosis.

A vos frères dans les ténèbres

A 21H10 la lumière s’éteint et la bande originale du dernier film de Quentin Tarantino, The 8 Hateful (Les 8 Salopards de son titre Français) retentit. Ce morceau sombre, énigmatique et pesant met en condition le public pour la musique de Satyricon. Le groupe commence par délivrer son morceau Midnight serpent , un morceau à l’introduction rapide et brutal, issu de leur dernier album. Il contraste avec les morceaux joués ensuite, dont certains sont lents et mélancoliques, propices à l’introspection comme To your brethren in the dark. Le public bougeant très peu est envahi peu à peu par les ténèbres et l’ombre de Satan, tout ceci étant accentué par un éclairage qui alterne entre le bleu nuit et le rouge foncé et le pied de micro en forme de cornes du diable. D’autant plus que le chanteur en blazer noir fixant avec force et ténacité le public apparaît presque comme un guide à travers un voyage maléfique et magique. Durant 1H20, le groupe joue de nombreux morceaux de sa discographie, dont certains plus énergiques s’apparentent presque à du Brutal Black Metal comme Commando avec sa tonalité annihilatrice. C’est aussi l’occasion de jouer des morceaux classiques de sa discographie comme Mother North où Satyr, le chanteur, prends exceptionnellement sa guitare. L’album Nemesis Divina, a dès les premières notes animé le public,  on se sent alors presque plongé dans le Black Metal des années 90, forgé dans les fjord enneigés de Norvège. La magie du morceau est renforcée par le clavier aérien et planant et la voix caverneuse du chanteur qui surplombe l’ensemble. Point d’orgue du concert, le morceau s’achève dans les ténèbres et les cris du public.

Le début de la fin ?

Finalement Satyricon revient jouer en rappel trois morceaux dont le célèbre K.I.N.G. pour conclure sa prestation. Rapide et énergique c’est un des rares moments où le public fait un pogo et saute dans tous les sens. Le public à la sortie du concert semble ravi d’avoir pu vivre un concert d’un groupe aussi reconnu et fondateur de la scène Black Metal. Or le chanteur a perdu du panache et était assez en retrait durant le concert. Il est évident que la tumeur dont il est atteint est un facteur qui peut affaiblir la musique du groupe et ses prestations. Pourtant il est probable que « le début de la fin » tel que Satyr l’estime soit le début d’une évolution musicale du groupe, avec des morceaux moins rapides et mélancoliques, dont la sensibilité de Satyr et son combat face à la maladie irrigue déjà le dernier album Deep calleth upon deep.

Simon Zenou.

1Interview du magazine « Metal Obs’ », N°79 – Septembre/Octobre 2017, p.17.

 

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